Les
écoles à la carte
ou Charter School
Etats-Unis
Une nouvelle
race d'écoles ! C'est peut-être en plagiant ce slogan publicitaire
que l'on peut, au mieux, décrire les charter schools
(écoles sous contrat) qui se multiplient comme des champignons
aux Etats-Unis.
Né en
1991 dans le Minnesota, le mouvement des charter schools compte
maintenant plus de 300 écoles et des projets d'ouverture
sont déposés chaque jour. Une
charter school, c'est une école qui est créée à
l'initiative de parents, d'enseignants
ou de membres d'une communauté dans le but de développer
une pédagogie propre. Dès son ouverture, l'école reçoit
de l'État les mêmes subsides qu'une école publique sans
obligation de suivre le programme officiel.
Libérées
de cette tutelle, les écoles se sont développées selon autant
de modèles qu'il y avait de projets. Dans telle école du Connecticut,
il n'y a pas d'enseignants, pas de programme, que des adultes
qui font office de "conseillers pédagogiques" auprès des enfants
qui choisissent ce qu'ils ont envie d'apprendre. A l'école
Academy Charter school tous les cours de math sont donnés
à la même heure, si bien que l'élève peut choisir le niveau
dans lequel il se sent le plus à l'aise quel que soit son
âge. D'autres sont plus proches du style traditionnel, mais
toutes s'appliquent à travailler avec des effectifs de classe
réduits (18 enfants par groupe semble être un maximum généralement
admis). L'implication et l'intervention des parents dans l'école
est également un fait nouveau largement apprécié.
Le
contrat stipule que, comme
pour les écoles publiques, les charter schools doivent recevoir
tous les élèves tant
qu'il reste des places, qu'on ne doit pas y enseigner une
religion et enfin qu'elles ne doivent pas sélectionner les
admissions.
Ce mouvement,
sans réelle structure, sans leader charismatique, n'offre
pas une nouvelle théorie pédagogique
mais simplement l'occasion de pratiquer l'innovation. Les
participants à ces nouvelles expériences ne s'en privent pas
et l'on parvient à cette situation, peu imaginable en France,
que l'État favorise le développement d'écoles alternatives.
Elles offrent une alternative dans le sens où il y a complet
abandon de la notion normalisatrice de l'école de l'État :
tous les enfants sont égaux au départ et tous doivent sortir
du même moule à la fin. Nombre d'entre elles ont pour précepte,
dans la mesure du
possible, une individualisation de l'apprentissage.
Ce qui est, bien sûr, un gage de réussite pour les enfants
"à problèmes", notamment dans les quartiers très difficiles
des minorités ethniques où nombre d'enseignants avaient baissé
les bras pour se contenter d'un gardiennage plus policier
qu'éducatif.
Les résultats
très positifs des premières charter schools quant à l'intégration
de ces cas difficiles n'ont pas laissé d'étonner.
Les expériences
innovantes se sont donc multipliées, même si elles sont limitées
par la législation propre à chaque État. Certains acceptent
le contrat dans toute sa simplicité, d'autres imposent des
contraintes, notamment des contrôles et d'autres encore
n'envisagent même pas l'idée que l'on puisse laisser tant
de liberté à l'initiative éducative.
L'idée
principale du mouvement des charter schools est que si l'État
et l'administration veulent bien laisser faire
les enseignants entreprenants, la réforme du système éducatif
peut se produire de l'intérieur.
Dans un
pays où l'école publique est considérée par tous comme un
échec patent et où l'école privée devient de moins en moins
accessible aux classes moyennes, cette alternative reçoit
le soutien des Républicains parce que cela leur semble plus
libéral, elle est aussi bien vue des Démocrates parce que
les écoles sont innovantes mais restent néanmoins dans le
giron de l'éducation nationale.
Certains
responsables politiques réclament néanmoins que le programme
de chaque école soit approuvé par l'inspection académique.
Ils craignent
que cet excès de liberté ne confine à l'anarchie. L'école
Edutrain à Los Angeles a été fermée, officiellement pour mauvaise
gestion. Officieusement, on dirait plutôt pour une mauvaise
orientation politique.
L'opposition
ne se situe pas uniquement au niveau des gouvernants : des
parents et des syndicats d'enseignants
ont mené des actions en justice (perdues) contre ces
écoles "trop libérales".
Les syndicats
reprochent notamment que ces écoles paient moins les enseignants
que ne le fait l'Éducation nationale (jusqu'à 30 % en
moins) et les parents que certaines écoles de quartier ferment
au profit de ces charters schools. Pour l'instant, hors syndicat,
les enseignants sont plutôt prêts au sacrifice financier pour
avoir l'occasion de travailler dans de meilleures conditions
et pouvoir mener des expériences selon leur convictions pédagogiques.
La réussite
des charters schools attire, en effet, beaucoup de monde,
les listes d'attente gonflent tandis que des écoles publiques
se vident.
Finalement
la résistance s'effiloche à mesure que se multiplient les
ouvertures d'écoles. Au pays du libéralisme, cette petite
idée ne peut que faire son chemin.
Ces écoles
ont une obligation de réussite, tout au moins du point de
vue financier. Gérées comme des petites entreprises subventionnées,
un déficit peut signifier la fermeture de l'école. Là encore,
l'État fait preuve de bienveillance : certaines écoles
ont des bâtiments qui ne sont pas tout à fait conformes, elles
peuvent confier leur gestion à des cabinets privés nettement
moins onéreux que l'office public. Ces petites entreprises
privées se portent donc plutôt bien et finalement coûtent
moins cher à l'État que les écoles publiques traditionnelles.
C'est
là que surgit un danger, car si ces écoles peuvent être ouvertes
à l'initiative de parents ou d'enseignants, elles peuvent
l'être aussi par des associations ou institutions privées
au rang desquelles on trouve actuellement le Musée des
sciences, l'université des Beaux Arts ou la firme Edison au
Massachusetts. Cette dernière prévoit d'ouvrir six écoles
qui seront le terrain d'application in vivo de ses dernières
découvertes technologiques.
Faire
carrière chez Edison depuis la crèche jusqu'à la retraite
semble désormais possible. Retour vers le futur ?
Nous n'en
sommes pas encore là. Pour l'instant, les charters schools
s'apparentent plus à nos lycées expérimentaux, elles
attirent principalement des gens motivés par une approche
différente de l'éducation
Même s'il
est trop tôt pour tirer des enseignements du point de vue
pédagogique, le premier aspect positif que l'on peut dégager
de cette réforme, c'est que cela a remué complètement l'édifice
institutionnel de l'éducation.
Les couches de poussières du fonctionnariat sont tombées toutes
d'un coup. Cette évolution confine à une
révolution interne qui pourrait amener à réaliser l'utopie
de Sébastien Faure : "Après l'école de l'Église et celle de
l'État, parvenir enfin à l'école de l'Enfant".
Pour
plus d'informations
La plupart
des sites libéraux américains consacrent
une rubrique à ce sujet ; citons par exemple Cato
Institute,
Pacific
Research Institute, Pioneer
Institute, Reason
Foundation.
"Charter
Schools in Action: Two Views on How They Can Reform Education"
conférence video de Heritage Foundation (juin 2000)
Featuring HUGH PRICE, President and Chief Executive
Officer, National Urban League; CHESTER FINN, JR., John M.
Olin Fellow, Manhattan Institute, Co-author, Charter Schools
in Action.
Dossier
sur les Charter School
http://www.policy.com/issuewk/98/0907/index.html
Charter
School Research Website
http://csr.syr.edu
Centre
pour la réforme de l'Education
http://edreform.com/press/990830bts.htm
spécialisé notamment sur les charter school. Rubrique Charter
school très complète (principes, actualité, blibliographie,
bilans, liste des charter school...).
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