Zurich
: le salaire, ça se mérite
En Suisse alémanique,
plusieurs écoles élémentaires et maternelles
ont inauguré le salaire au mérite à la
rentrée scolaire.
Peut-on appliquer
le salaire au mérite dans l'enseignement ? Oui, répondent
de plus en plus de cantons alémaniques, et ils le prouvent.
Alors que la question est largement taboue en Suisse romande,
le canton de Saint-Gall [a introduit] en janvier 2000 un système
de "qualification avec effet sur le salaire" pour les
enseignants de l'école obligatoire et du jardin d'enfants.
Une période transitoire de trois ans est prévue
pour améliorer le système sur la base des expériences
pratiques.
Inspiré
par le canton de Zurich -qui va introduire un système
similaire dès la rentrée- ce projet est l'un
des éléments d'une ambitieuse réforme
scolaire visant à améliorer la qualité
de l'enseignement à l'aube du nouveau millénaire.
Le canton de Zurich a abrogé le statut de fonctionnaire
en 1996 et supprimé l'indexation automatique des salaires
de ses employés dès 1992. Mais peut-on appliquer
les mêmes concepts de salaire à la performance
pour le travail d'une secrétaire et celui d'un enseignant
? Les syndicats s'élèvent contre cette idée
tant en Suisse alémanique qu'en Suisse romande.
"La performance
d'une école n'est pas facile à déterminer
et l'appréciation du travail d'un enseignant est plus
complexe que celle d'un employé. Mais il n'est pas
pour autant impossible de le faire selon des critères
concrets", estime cependant Ulrich Stöckli, chef
du département de l'Instruction publique du canton
de Saint-Gall et membre du Directoire de la Conférence
suisse des directeurs cantonnaux de l'Instruction publique.
Quel modèle
est proposé à Saint Gall ? Les enseignants seront
évalués sur la base d'un dossier qui comporte
l'appréciation externe d'un membre du conseil des école
et une auto-évaluation du professeur. Selon M. Stöckli,
"l'autoévaluation est la partie la plus importante.
Elle permet une prise de conscience qui conduit à de
meilleurs résultats que des corrections venant de l'extérieur".
Car le but du jeu n'est pas de sanctionner les enseignants
mais bien de s'assurer de leur qualification et de les améliorer
le cas échéant par des formations.
N'empêche
qu'en cas de non-satisfaction répétée
des critères d'évaluation, l'enseignant risque
un déclassement de salaire et même dans les cas
extrêmes, le licenciement.
Trois domaines
d'évaluation sont pris en compte, chacun comprenant
trois critères : les capacités personnelles
de l'enseignant (formation continue, engagement professionnel,
organisation du travail), les compétences techniques
(composition du programme, direction de la classe, pédagogie),
et les compétences sociales (rapport aux élèves,
rapport aux parents, engagement vis-à-vis de l'école).
Parmi ces neuf critères, six sont choisis en accord
avec l'enseignant. L'introduction du salaire au mérite
dans l'enseignement a soulevé beaucoup de réticences
de la part du corps enseignant. Paradoxalement, ce n'est pas
l'idée d'évaluation de leur travail qui préoccupe
en premier lieu les enseignants, mais le fait que celle-ci
ait une influence sur le salaire. Même si elle reste
relativement faible : c'est en fait le passage à une
classe supérieure de rémunération qui
est soumis à examen. Les enseignants seront évalués
trois fois au cours de leur carrière, et l'augmentation
en cause varie entre 2000 et 3500 francs suisses [de
8000 à 14000 francs français] par an.
A quand le salaire
au mérite dans les écoles romandes ? Les réticences
s'affirment déjà. Marie-Claire Tabin, président
du syndicat des enseignants romands, se déclare "préoccupée"
par cette tendance. Si elle se dit favorable à une
amélioration de la formation continue des enseignants,
elle rejette toute idée de lien entre la rémunération
et la prestation. "Je pense que c'est une très mauvaise
chose dans l'économie comme dans l'enseignement. Cela
crée des tension inutiles."
Le vent de Zurich
n'a pas encore soufflé sur Genève.
Extrait
de Le Temps, Genève
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