Le système d'allocation chômage
et les autres revenus d'inactivité en Europe

I. L'INDEMNISATION DU CHÔMAGE

On compare ici la générosité des systèmes d'indemnisation du chômage dans les différents pays de l'UE, en Norvège, aux Etats-Unis et au Japon.

A. Une perspective historique

Les systèmes d'allocation chômage ont été mis en place ou développés au début des années 70 alors que le chômage était à un bas niveau en Europe. Depuis, ces systèmes, conçus pour répondre aux problèmes posés par le chômage frictionnel, ont dû faire face à ceux du chômage de masse. On a observé alors un double mouvement. Dans un premier temps, la générosité des systèmes s'est accrue via en particulier un allongement des durées d'indemnisation. Puis, à mesure que les différents pays étaient confrontés à des problèmes de financement de l'indemnisation du chômage et que certains économistes soulignaient les effets potentiellement pervers de systèmes trop généreux, les conditions d'accès aux prestations ont été durcies et leur générosité réduite.

Les réformes les plus récentes de l'indemnisation du chômage
 
Pays
Sens de la réforme
Contenu
Allemagne
-

-

1993 réduction des prestations (3 points pour les célibataires, 1 point pour les couples) 

1996 le salaire de référence est calculé sur les 12 derniers mois et non plus les 6

Autriche
-

-

1993 réduction des niveaux maximum d'indemnisation 

1996 renforcement des sanctions liées à l'obligation de recherche d'emploi et allongement de la période de travail minimale pour ouvrir des droits à l'indemnisation

Belgique
-
1997 restriction sur les conditions d'accès à l'assurance et contrôle plus strict de la recherche d'emploi
Danemark
-

-

1994 durcissement de l'accès aux allocations (allongement de la période de travail minimale pour ouvrir des droits à l'indemnisation, augmentation de l'âge minimal pour percevoir ces allocations)

1996 entre le 1-07-96 et le 1-12-99 la durée globale d'indemnisation passe de 7 à 5 ans dont 2 ans d'allocation au lieu de 4 

Espagne
-
1992 imposition des allocations, réduction du taux et de la durée de versement et resserrement des conditions d'accès
Finlande
+

-

1994 l'indemnisation de base n'est plus soumise à un critère de ressource, augmentation des droits à l'indemnisation brute. 

1997 allongement de la période de travail minimale pour ouvrir des droits à l'indemnisation, durcissement des conditions d'accès à l'assistance pour les jeunes

France
-

+

+

réforme de 1992 : mise en place de l'allocation unique dégressive

1997 : réforme de l'allocation unique dégressive, revalorisation et allongement des paliers

1997 mise en place de l'allocation chômeurs âgés

Grèce
+

+

+

1989 : changement des conditions d'accès permettant une indemnisation plus longue 1991 extension des droits à l'assistance

1997 allongement de la durée d'indemnisation pour les salariés âgés licenciés pour raison économique ; augmentation du montant des allocations 

Italie
+

+

+

1991 allocation de mobilité

depuis 1993, élargissement progressif du régime ordinaire et augmentation du taux de versement

Pays-Bas
-

-

1993 resserrement des conditions d'accès aux prestations 

1996 renforcement de l'obligation de recherche d'emploi

Portugal
+
1996 augmentation des droits à l'assistance
RU
-

-

1996 réduction de la durée l'allocation non basée sur un critère de ressource (jobseeker allowance), les jeunes ne peuvent plus bénéficier de l'allocation sous condition de ressources.

1998 new deal : resserrement des conditions d'accès aux prestations pour les jeunes (accepter une formation...)

Suède
-

+

1993 - 1995 baisse des taux de versement

1997 hausse des taux de versement

Norvège
-

-

1994 renforcement de l'obligation de recherche d'emploi 

1997 raccourcissement de la durée d'indemnisation

Source : OCDE (1998a), OCDE études Pays, Unedic (1998), Misep politiques différents numéros

[Il existe] une relative stabilité des taux de remplacement en Allemagne, ainsi qu'au Japon et aux Etats-Unis (à un niveau bien plus bas). En France, on observe une augmentation de la générosité tout au long des années quatre-vingt. C'est aussi le cas dans les pays d'Europe du Sud, où le retour de la démocratie s'est traduit par la mise en place de système d'indemnisation du chômage, jusqu'alors inexistants dans un contexte de forte protection de l'emploi.

Le cas de l'Italie est un peu atypique. Il existe en effet trois modes d'indemnisation du chômage. Tout d'abord le régime standard, peu généreux. Ensuite, il existe une caisse d'indemnisation du chômage temporaire (Cassa integrazione guadani, CIG) qui est devenue le principal mécanisme d'indemnisation du chômage dans l'industrie. Toutefois, les personnes indemnisées par la CIG ne sont pas comptabilisées dans les statistiques du chômage (1% de la population active en 1994) et le régime, relativement généreux, n'est pas pris en compte dans le calcul du taux remplacement. Enfin, une allocation de mobilité a été introduite en 1991 pour les travailleurs victimes de licenciements massifs, considérés comme " désavantagés " (ce qui leur donne priorité en cas de réembauche). Les travailleurs qui en bénéficient sont comptabilisés comme chômeurs et l'OCDE a inclus cette indemnisation dans le calcul du taux de remplacement pour 1993 et 1995.

Les pays nordiques présentent des profils et niveaux de taux de remplacement très similaires. Le Danemark se distingue toutefois par un taux de remplacement plus élevé, provenant essentiellement d'une plus longue durée d'indemnisation du chômage. La Belgique et les Pays-Bas sont caractérisés par des taux de remplacement relativement élevés en comparaison européenne, mais plutôt orientés à la baisse depuis quelques années. C'est aussi le cas du Royaume-Uni et de l'Irlande à partir, toutefois, de niveaux initialement bien plus bas.
Notes : en France, les taux de remplacement retenus pour les années 1975 à 1983 correspondent à une moyenne pondérée, dans laquelle un coefficient de un quart est assigné au taux valable en " cas de licenciement économique " (personnes touchant l'Allocation supplémentaire d'attente puis l'Allocation spéciale), et de trois quarts aux taux valables pour les prestations normales.

B. La situation actuelle

La hiérarchie des taux de remplacement bruts correspond à la combinaison des durées et montants d'indemnisation. Le tableau suivant précise en outre la durée préalable de cotisation pour en bénéficier, les conditions d'imposition de ces prestations et les particularités des régimes d'assistance. Dans tous les pays, le niveau des prestations d'allocation dépend généralement de la durée préalable de cotisations et du niveau de salaire dans le dernier emploi. Les prestations sont versées pendant une durée limitée. On note quelques exceptions : la Belgique où les rémunérations sont versées pendant une durée illimitée aux chefs de famille et aux personnes seules, et le Royaume-Uni et l'Irlande où le niveau d'indemnisation est indépendant de la rémunération du dernier emploi. En général, le niveau des prestations d'assistance est indépendant de la rémunération antérieure, soumise à conditions de ressources et acquise pour une durée illimitée.

Un autre aspect important pour apprécier la générosité des régimes d'indemnisation du chômage est le pourcentage de chômeurs effectivement indemnisés. Ainsi, on peut avoir une idée du caractère restrictif ou non de l'accès à l'indemnisation (durée de cotisation, contrôle de la recherche d'emploi, etc.). Seul Eurostat calcule des taux de couverture comparables, pour les quinze pays de l'UE.

Des taux et des durées d'indemnisation variables.


Les régimes d'assurance et prestation chômage
 
Pays
Durée de travail préalable

(en jours)

Durée indemnisation

(en jours 36(*))

Taux de versement

(% ou équivalent en francs par mois)

Imposition
Assistance en fin de droit
Durée de l'assistance
Montant de l'assistance
Allemagne
dépend de l'âge

min:365

max:1955

dépend de l'âge

min:156

max:832

67 ou 60 % sans enant
non
oui 

SCR

SCA

illimitée
57 % du salaire de base

53 % sans enfants

Autriche
dépend de l'âge

min:365

max:3276

dépend de l'âge

min:140

max:365

56 % + supplt familiaux
non
oui 

SCR

illimitée
92 % des allocations chômage
Belgique
dépend de l'âge

min:312 (78 pour les jeunes)

max:624

illimitée

sauf cohabitant

chargé de famille : 60%

isolé : 60% durant 1an puis 42%

cohabitant

55% durant 1an puis 35%

oui

minoré

sans objet

mais il ya un RMI

 
 
Danemark
365
1300
90%
oui

minoré

non

mais il y a un RMI

 
 
Espagne
min:360

max:2160

min:120

max:720

70% durant 180j puis 60%
oui

minoré

oui 

SCR

SCA

547 j
75 % du salaire minimum
Finlande
300
500
environ 80% (équivalent de 2500F+42% de la différence entre cette somme et le salaire de référence
oui
oui 

SCR

illimitée
forfaitaire

taux intégral = 2200F

France
min:122

max:821

min:122

max:1369 ou 1825 (age)

environ 75 % (1770F+ 40.4% du sal de base) taux dégressif par période de 6 mois
oui

minoré

oui 

SCR

illimitée
forfaitaire

taux intégral = 2400F

Irlande
273
age

min:180

max:450

forfaitaire:

l'équivalent 2200 francs de + supplt familial

oui
oui 

SCR

illimitée
forfaitaire

environ 2200F

Italie
365
180j (alloc ordinaire)
40% (alloc ordinaire)

80% CIG

oui
oui

ocde : non

365 j
forfaitaire

environ 2300F

Lux
182
âge et emploi

min:365

max:730

80 ou 85 % si enfants à charge

moins pour les jeunes

oui

minoré

non

mais il y a un RMI

 
 
Pays-Bas
min:182

max1460

âge

min:182

max:1825

70%
oui
non mais RMI
365j
70% du salaire minimum
Portugal
540
âge

min:300

max:900

65%
non
oui 

SCR

SCA

âge

min 150j

max 450j

100% du salaire minimum (70% sans charge de famille)
RU
cotisation sur 50 fois la limite inf des gains
156
forfaitaire en fonction de l'âge 

min 1200F max 1600F37(*)

oui

mais système de crédit d'impôt

oui 

SCR

illimitée
taux aligné sur ceux de l'assurance + aides personnalisées
Suède
365
age

min:300

max:450

75%
oui
oui
âge

min 150j

max 450j

forfaitaire

environ 5400F

Norvège
182
1350

en pratique = illimitée

75%

dégressif toutes les 80 semaines

oui

minoré

non
 
 
Japon
182
âge, durée d'indemn

min 90

max 300

80%
non
non
 
 
US
182
min 182

max 273

50%
oui
non
 
 

SCR = sous condition de ressource
SCA = sous conditions d'avoir touché avant l'assurance
Source : UNEDIC (1998) OCDE (1997 et 1998a)

 

II. LES AUTRES REVENUS D'INACTIVITÉ

Certains éléments non pris en compte dans le taux brut calculé par l'OCDE sont de nature à influencer fortement le rapport entre le revenu d'un salarié et celui qu'il touche s'il se retrouve au chômage. Par exemple, les allocations logements peuvent représenter plus de 50 % du revenu des chômeurs (c'est le cas au Royaume-Uni pour les célibataires (OCDE (1998a))). De même, en Italie, les allocations familiales, distribuées sous condition de ressources représentent le quart du revenu des chômeurs avec enfants au début de la période de chômage et 100% de ses ressources financières après 5 ans de chômage. Par ailleurs, les allocations chômages sont souvent majorées pour les personnes ayant des enfants (Autriche, Belgique, Finlande, Allemagne, Grèce, Irlande, Norvège, Portugal, Royaume-Uni). De plus, les différences de traitements fiscaux des allocations modifient la générosité relative des systèmes nationaux.

 

III.  SYNTHÈSE SUR LES REVENUS DE REMPLACEMENT

La prise en compte de la fiscalité, des allocations logements et des allocations familiales modifie quelque peu le classement des systèmes d'indemnisation du chômage établi à partir de la seule analyse des taux bruts. La France, les Pays-Bas et l'Allemagne se situent à des niveaux comparables, relativement " généreux ", avec des taux de remplacement d'environ 70%. Les systèmes britannique et italien apparaissent moins généreux envers les chômeurs.

L'analyse de l'importance des désincitations financières sur la recherche effective d'un emploi ne peut se limiter au champ des allocations chômage. Tenir compte de la fiscalité et des prestations et aides sociales diverses permet d'avoir une vision plus complète. A cela il faudrait pouvoir ajouter la contribution des pensions d'invalidité dans les pays où elles ont joué en pratique le rôle d'allocation chômage. Ceci est vraisemblablement important pour les Pays-Bas, qui comptent le plus grand nombre d'invalides (relativement à la population active), l'Italie et le Royaume-Uni. Pour leurs bénéficiaires, ces allocations présentent l'avantage de ne pas être soumises à la condition de recherche d'un emploi, et sont souvent plus importantes que les indemnités chômage et, surtout, peuvent être perçues très longtemps.
 

Extrait de "La diversité des marchés du travail en Europe : quelles conséquences pour l'union monétaire ?"
Etude réalisée par le Centre d'études prospectives et d'informations internationales - CEPII