La
réglementation de l'emploi en Europe
Introduction
Les contraintes
à l'embauche
·
Globalement, la liberté d'embauche est reconnue
dans l'ensemble de l'Union, hormis l'Italie et, dans une
moindre mesure, la Grèce.
·
L'existence de périodes d'essai permettant
de tester l'employé durant un laps de temps où
le licenciement est peu formalisé est également
fréquente. Considérant que plus cette
période d'essai est courte, plus forte est la
sécurité accordée à l'employé,
on observe :
-
que la durée des périodes d'essai est
la plus courte en France, en Autriche et en Norvège
;
-
qu'elle est la plus longue en Belgique, en Italie et
en Suède ;
-
enfin, qu'en Allemagne et au Royaume-Uni, ce point n'est
pas déterminé par la loi, mais négocié
contractuellement, ce qui constitue le plus grand degré
de souplesse possible.
Les contraintes
au licenciement
·
Les contraintes pesant sur les licenciements individuels
existent dans tous les pays de l'Union, mais suivant des
degrés d'exigence et des modalités d'une
grande diversité.
Trois
indicateurs distincts peuvent être retenus : le
degré de contrainte des procédures, le
coût du licenciement et la réparation du
licenciement abusif.
Le
rapprochement de ces trois éléments montrerait
que les contraintes les plus lourdes se trouvent dans
l'Europe du Sud (Grèce, Italie, Espagne, Portugal)
; à l'inverse, elles seraient les plus légères
dans les zones septentrionales (Finlande, Irlande, Belgique).
La
France se trouve dans la situation particulière
de présenter les procédures les plus contraignantes,
assorties d'un coût de licenciement très
modéré et de faibles réparations
dans l'hypothèse d'un licenciement abusif.
·
Pour ce qui concerne les licenciements collectifs,
les Etats membres présentent une certaine convergence
des réglementations, dans le respect de la directive
européenne de 1975 instituant diverses procédures
de consultations des représentants du personnel
et d'information des pouvoirs publics.
Des
nuances existent toutefois au sein de chaque réglementation
nationale, laissant apparaître les contraintes
les plus lourdes en France, aux Pays-Bas et dans l'Europe
du Sud - à l'exception de l'Italie -, et notamment
au Portugal.
|
LES
CONTRAINTES EN TERMES D'EMBAUCHE ET DE LICENCIEMENT.
1.
Les contraintes sur les embauches
Il
apparaît tout d'abord que les entreprises européennes
sont relativement libres d'embaucher qui elles veulent.
Le seul pays européen où il existe des
restrictions fortes en la matière est l'Italie, même
si elles se sont fortement assouplies. En outre, en Grèce,
il est obligatoire pour les entreprises de passer par l'agence
pour l'emploi pour procéder à un recrutement.
On notera également l'interdiction légale
en 1990 de la pratique du " closed-shop " au Royaume-Uni
(c'est-à-dire le monopole d'embauche par le syndicat
majoritaire au niveau de l'entreprise qui exigeait de fait
l'appartenance à ce syndicat) qui était jusqu'alors
assez répandue.
Réglementation
sur la durée des périodes d'essais
| Allemagne |
pas
de réglementation, en général inférieure
à 6 mois |
| Autriche |
ouvriers
et employés : 1 mois |
| Belgique |
ouvriers
14 j ; employé 6 mois |
| Danemark |
employés
3 mois |
| Espagne |
fixée
par convention collective : personnel technique ou diplômé
6 mois maximum ; autres 2 mois maximum |
| Finlande |
4
mois maximum |
| France |
fixée
par convention collective : cadres : 3 mois ; autres :
de 2 semaines à 1 mois (en fonction de la durée
du contrat) |
| Grèce |
négociée
dans le contrat de travail |
| Irlande |
non
fixé |
| Italie |
6
mois |
| Luxembourg |
de
2 semaines à 6 mois |
| Norvège |
1
mois |
| Pays
Bas |
2
mois maximum ; 2 semaines contrats de moins d'un an |
| Portugal |
le
plus souvent 60 ou 90 jours en fonction de la taille
de l'entreprise ; régimes spéciaux pour
les cadres (240 jours), le personnel hautement qualifiés
(180 jours), les employés de maison (90 jours)
; CDD de 30 à 15 jours
|
| Royaume-Uni |
non
fixée, négociée contractuellement |
| Suède |
6
mois maximum |
Source
: Observatoire de l'emploi : tableau de bord 1997, OCDE pour
la Norvège, Commission Européenne (1997)
Un
autre élément important concernant la réglementation
des embauches est la possibilité donnée aux
employeurs de " tester " le salarié grâce à
une période d'essai au cours de laquelle la réglementation
des licenciements est particulièrement souple. Une
période d'essai relativement longue peut être
un moyen de réduire les asymétries d'information
sur le marché au travail, et donc les coûts d'embauche
pour les entreprises et les problèmes d'adéquation
entre l'offre et la demande de travail. On peut se référer
à l'encadré 1 pour voir comment ces facteurs
jouent sur l'ajustement des salaires.
On
retient comme premier indicateur des réglementations
sur le marché du travail, la durée des périodes
d'essai. Le Tableau 1 montre que, en comparaison européenne,
la durée des périodes d'essai est relativement
courte en France et aux Pays-Bas (de même
qu'en Autriche ou en Norvège) alors qu'elle est longue
en Italie et non soumise à des contraintes légales
en Allemagne et au Royaume-Uni (ce qu'on interprète
comme le signe d'une grande souplesse). On utilise ces informations
pour classer les pays par ordre de réglementation croissante.
N'ayant pu trouver d'information sur ce sujet pour les Etats-Unis
et le Japon, on suppose qu'il existe une grande souplesse
en la matière.
2.
Les contraintes sur les licenciements
La réglementation
relative aux licenciements individuels
Concernant
les licenciements individuels, trois éléments
sont importants : les obligations légales à remplir
pour licencier un salarié en termes de licenciement abusif
(droit à la réembauche, indemnité), de
procédures (" difficulté " de licenciement), et
d'indemnité et de préavis (" coût " de licenciement).
On retient donc trois indicateurs (dont la valeur pour chaque
pays est d'autant plus élevée que ces contraintes
sont fortes). Le premier indicateur est relatif aux coûts
occasionnés par un licenciement abusif. Il prend en compte
l'existence ou non d'une obligation de réintégration
du salarié et le montant minimum d'indemnités
prévu par la loi. Ces contraintes apparaissent faibles
en France et aux Pays Bas où les indemnités
minimales sont inférieures à la moyenne et où
il n'est pas possible d'imposer la réintégration
des salariés dont le licenciement individuel apparaît
abusif (c'est aussi le cas en Belgique, au Danemark, et en Finlande).
En revanche, au Royaume-Uni, en Italie et en Allemagne,
ces contraintes sont plus fortes (droit à la réintégration,
indemnités substantielles).
Le
deuxième indicateur porte sur la difficulté
à licencier, fondé sur l'obligation pour l'entreprises
de notifier par écrit son licenciement au salarié,
d'en énoncer par écrit les motifs, de consulter
à ce sujet le comité du personnel et enfin d'obtenir
une autorisation administrative. Les pays se voient attribuer
une note selon le nombre de contraintes qui y sont imposées.
Parmi les cinq grands pays étudiés, le pays
où la procédure est la plus contraignante est
la France suivie de près de l'Italie
et des Pays-Bas.
Enfin,
on construit un dernier indicateur prenant en compte le coût
des licenciements individuels (non liés à une
faute grave) en termes d'indemnités et de préavis.
Cet indicateur est construit de la même manière
que celui de Grubb et Wells (1993). Pour chaque pays, on calcule
une moyenne des préavis et indemnités dus pour
licencier un salarié embauché à 35 ans
ayant 9 mois, 4 ans et 20 ans d'ancienneté compte tenu
de la législation en 1996 (voir tableaux 3 et 4 en
annexe II). Ensuite, on attribue un poids de 1 aux indemnités
et de 0,75 au préavis, l'idée sous-jacente étant
que le préavis est moins coûteux parce que le
salarié travaille durant cette période. Il apparaît
que les indemnités et préavis dus sont très
lourds en Italie comme dans les autres pays de l'UE
Sud. Les pays où ce poids est le moins important sont
la France, les Pays-Bas, et l'Allemagne.
Le tableau 3 en annexe II présente en outre les réformes
les plus récentes (1997). Elles vont dans le sens d'un
assouplissement des contraintes (Pays-Bas, Grèce
et Espagne).
Les
dispositions légales présentées ici ne
constituent qu'un minimum ; dans tous les pays, certains groupes
de travailleurs peuvent, en vertu de conventions collectives,
bénéficier d'une protection allant au-delà
de ces dispositions. On peut, par exemple, comparer le classement
des pays en matière d'indemnité avec les indemnités
moyennes fournies par la Commission européenne (observatoire
de l'emploi : tableau de bord 1997). Le Graphique 11 illustre
l'écart entre les indemnités moyennes théoriques
(utilisées pour construire l'indicateur) et les indemnités
moyennes observées en pratique. Pour les deux séries,
on retrouve bien une différence entre l'UE Sud et le
reste de l'Europe. Il y a toutefois plusieurs sources d'écarts
entre la pratique et la législation. Tout d'abord,
comme on l'a déjà vu, la réglementation
fixe une norme minimale, dans certains pays le poids des conventions
collectives est important, surtout quand il y a peu de contraintes
légales (Allemagne, Belgique). Dans d'autres
pays, la crainte d'un procès incite à verser
des indemnités plus élevées que le minimum
requis (on cite souvent l'Espagne à ce sujet). D'un
autre coté, il existe une source de biais vers le bas
dans la sélection des salariés à licencier
: en général les entreprises licencient les
derniers embauchés dont le licenciement est moins coûteux.
Dans la suite de l'étude on retient l'indicateur calculé
à partir des dispositions légales.
Les licenciements
collectifs
A
la suite de la directive européenne de 1975 qui prescrit
une procédure légale de consultation afin d'éviter
les licenciements envisagés ou d'en atténuer l'impact,
on observe une certaine convergence des réglementations
sur les licenciements collectifs (Mosley (1993)). En Europe,
l'employeur doit informer les représentants du personnel
de son intention et les consulter. Il doit aussi leur fournir
par écrit toutes les informations requises sur le nombre
de licenciements, leurs motifs, le calendrier prévu,
etc... Les mêmes informations doivent être transmises
aux services nationaux de l'emploi. La directive impose de plus
que le délai de préavis soit prolongé de
30 jours au moins par rapport au délai applicable à
un licenciement individuel. Il existe toutefois des différences
nationales autour de ce cadre européen. Par exemple,
la loi exige le versement d'une indemnité de licenciement
dans tous les Etats sauf en Allemagne, en Autriche et
en Suède. Les définitions des licenciements collectifs
diffèrent d'un Etat à l'autre. Elles sont plus
strictes que la directive européenne en Espagne, en France
et au Portugal. De plus, en Espagne, en Grèce, aux Pays-Bas
et au Portugal, les licenciements collectifs doivent être
préalablement approuvés par les services nationaux
de l'emploi.
L'indicateur
construit est qualitatif, basé sur la définition
et les procédures retenues dans chaque pays (définition
stricte des licenciements collectifs au regard de la directive
européenne, consultation des représentants des
travailleurs, notification préalable à l'agence
pour l'emploi, autorisation préalable de l'agence pour
l'emploi, existence d'indemnité de licenciement minimum
(voir tableau 5 en annexe II)). Les pays se voient attribuer
une note selon le nombre de contraintes qui y sont imposées.
Les contraintes sur les licenciements collectifs apparaissent
fortes en France et aux Pays-Bas, tout comme
dans les pays de l'UE Sud, à l'exception de l'Italie
où la réglementation sur les licenciements collectifs
est très souple. Ceux-ci sont autorisés depuis
1991. En contrepartie, les salariés victimes de licenciements
collectifs sont prioritaires en cas de réembauche et
ils reçoivent l'indemnité de mobilité.
Une
première synthèse des contraintes en matière
de licenciement.
En
appliquant l'analyse en composantes principales à nos
différents indicateurs de contraintes de licenciement,
il ressort que le principal critère de différenciation
des pays est le caractère globalement contraignant ou
non de la législation sur les licenciements. Les pays
d'Europe du Sud hors Italie apparaissent comme étant
les plus réglementés. Ceci vient de la forte protection
de l'emploi dans les régimes dictatoriaux qui ont prévalu
jusqu'aux années soixante-dix et qui n'a pas été
remise en cause après le retour de la démocratie
dans ces pays. L'Italie, la France et le Royaume-Uni
sont dans une position intermédiaire. Les Pays-Bas
et surtout l'Irlande, la Finlande et l'Allemagne connaissent
à l'opposé un cadre réglementaire peu contraignant.
Le deuxième critère de différenciation
est lié à la combinaison des contraintes sur les
licenciements collectifs et en matière de licenciement
abusif.
.
La
réglementation des CDD
|
|
motivation
du contrat*
|
nombre
maximum de contrats
|
Durée
cumulée maximale (année)
|
part
des CDD dans l'emploi (%)
|
|
Allemagne
|
1
|
4
|
1,5
ou 2
|
10,4
|
|
Autriche
|
3
|
1,5
|
sans
limite
|
6,0
|
|
Belgique
|
0
|
1
|
sans
limite
|
5,3
|
|
Danemark
|
3
|
sans
limite
|
sans
limite
|
12,1
|
|
Espagne
|
2
|
6
|
6
|
35,0
|
|
Finlande
|
1
|
1.5
|
sans
limite
|
16,5
|
|
France
|
1
|
2
|
1,5
ou 2
|
12,3
|
|
Grèce
|
0
|
3
|
sans
limite
|
10,2
|
|
Irlande
|
3
|
sans
limite
|
sans
limite
|
10,2
|
|
Italie
|
1
|
2
|
1
|
7,2
|
|
Japon
|
3
|
sans
limite
|
sans
limite
|
n.c.
|
|
Luxembourg
|
2
|
3
|
2
ans
|
2,8
|
|
Norvège
|
0
|
1.5
|
sans
limite
|
4,0
|
|
Pays
Bas
|
3
|
2
|
sans
limite
|
10,9
|
|
Portugal
|
2
|
3
|
3
ans
|
10,0
|
|
Royaume-Uni
|
3
|
sans
limite
|
sans
limite
|
7,0
|
|
Suède
|
1
|
3
|
1,5
ans
|
12,5
|
|
Etats-Unis
|
3
|
sans
limite
|
sans
limite
|
n.c.
|
·
0=très strict ; 3 = tous motifs
L'Allemagne,
la France et l'Italie apparaissent avec la Suède
comme les pays où les contraintes sont les plus fortes
aussi bien en termes de motif, de durée, que de renouvellement.
Les Pays-Bas sont un peu en dessous de la moyenne européenne,
tandis qu'au Royaume-Uni (en Irlande et au Danemark)
le recours au CDD est très libre, comme hors d'Europe
aux Etats-Unis et au Japon. Il n'existe toutefois pas de liaison
forte entre la réglementation des CDD et leur part
relative dans l'emploi dans les différents pays de
l'UE. Cela tient à la complémentarité
des réglementations sur les CDD et sur les CDI : en
Espagne par exemple les premiers sont relativement contraints
mais la quasi impossibilité de licencier un salarié
en CDI a conduit les entreprises à multiplier ce type
de contrats ; en revanche, au Royaume-Uni, où il est
plus facile de licencier les salariés, le recours aux
CDD est moins fréquent même si ce dernier est
très peu réglementé.
SYNTHÈSE
SUR LA LÉGISLATION DU TRAVAIL
La
réglementation de l'emploi prend des formes très
diverses dans les différents pays de l'UE. L'analyse
des données nous montre que la principale source de
divergence est le caractère globalement restrictif
ou non de ces réglementations, en termes d'heures,
de licenciement (on retient ici une moyenne des 4 critères
présentés plus haut), de période d'essai
et dans une moindre mesure de CDD (la combinaison de ces critères
explique 40% de la variance de l'échantillon). La deuxième
source de différenciation est liée à
la combinaison de la longueur des périodes d'essai
et des contraintes sur les CDD (25 % de la variance). Il apparaît
en effet qu'on peut distinguer des pays où les périodes
d'essai sont relativement longues mais où les CDD sont
relativement contraints (Italie, Grèce, Suède,
Allemagne) tandis que dans d'autres cas les périodes
d'essai sont courtes mais le recours aux CDD plus aisé,
ce qui de fait permet de faire de ces contrats un moyen de
présélection des candidats (Danemark, Autriche,
Irlande, Pays-Bas, Espagne).
Extrait
de "La diversité des marchés du travail en
Europe : quelles conséquences pour l'union monétaire
?"
Etude
réalisée par le Centre d'études prospectives
et d'informations internationales - CEPII
Ce
document a été réalisé par Loic
Cadiou (CEPII), Stéphanie Guichard (CEPII) et Mathilde
Maurel (ROSES-CNRS, CEPR), avec la collaboration de Sébastien
Lechevalier (doctorant au CEPREMAP), sous la responsabilité
de la direction du CEPII.
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