L'Italie
en marche vers le fédéralisme
Bien
qu’unitaire à l’origine, l’Etat Italien a entamé de longue date
un processus de décentralisation qui progressivement tend vers le
fédéralisme. Une nouvelle étape a été franchie le 7 octobre 2001.
Les Italiens ont approuvé par référendum un renforcement conséquent
des pouvoirs des régions ; la loi référendaire modifie les articles
117 et 118 de la Constitution italienne en énumérant les compétences
réservées de l’Etat.
Ce référendum s’est déroulé sur fond de polémique dans la classe
politique et d’indifférence générale du corps électoral.
Parmi les nouveautés figurent notamment : l’inversion du principe
de subsidiarité, le fédéralisme en matière de fiscalité, l’institutionnalisation
du bilinguisme dans deux régions où il se pratiquait déjà.
1. Organisation territoriale Italienne
: originellement unitaire mais décentralisée.
A l’origine, l’Italie est un Etat unitaire décentralisé.
Par nature, la répartition des pouvoirs législatif et exécutif ne
saurait être identique dans un Etat unitaire, même régionalisé,
à ce qu'elle est dans un Etat fédéral puisque les processus constitutionnel
et institutionnel ne sont pas les mêmes. Si, dans le second cas,
le partage du pouvoir étatique au profit d'une structure fédérale
est le résultat de la volonté des Etats fédérés, dans le premier,
c'est à l'Etat central que reviennent l'initiative et la décision
de définir les pouvoirs transférés aux autorités périphériques et
de déterminer leur amplitude.
Telle est la situation en Italie où les régions - depuis 1948 pour
les 5 régions à statut spécial (Sicile, Sardaigne, Trentin - Haut-Adige,
Frioul - Vénétie julienne et Val d'Aoste) et, seulement depuis 1972,
pour les 15 régions à statut ordinaire - disposent de pouvoirs (accrus
par la loi n° 142 du 8 juin 1990 et par les trois lois Bassanini
de 1997-1998) qui leur permettent de jouer un rôle en matière législative.
-
Organisation
territoriale
L'organisation administrative repose sur trois niveaux de collectivités
locales :
- 8 104 communes
Ces
communes se regroupent également au sein de structures intercommunales
:
- sous la forme de " conventions " (associations de communes et/ou
de provinces) ou d’unions de communes qui regroupent les communes
de moins de 5 000 habitants. Elles sont plus de 2 000.
- sous forme de communautés montagnardes (environ 350) regroupant
les communes de montagne afin de promouvoir le développement des
zones de montagne.
- 103 provinces
- 20 régions :
5 régions dotée d'un "statut spécial" lié à leurs particularités
linguistiques ou culturelles (Val d’Aoste, Trentin-Haut-Adige,
Frioul-Vénétie-Julienne, Sardaigne et Sicile), et 15 régions à
"statut normal".
Les régions à statut ordinaire disposent seulement d'une compétence
législative concurrente et, parfois, uniquement d'une compétence
d'application.
Elles ne peuvent, en effet, exercer leur pouvoir législatif que
« dans les limites des principes fondamentaux définis par la loi
nationale », aux termes de l'article 117 de la Constitution.
Les régions à statut spécial et les deux provinces de Trente et
Bolzano ont les trois compétences législatives :
- exclusive (sur les matières prévues par leur statut constitutionnel),
- concurrente
- d'application.
On a donc affaire, en Italie, à un véritable polycentrisme juridique
: d'une part, les normes de niveau législatif relèvent tantôt
de l'Etat central et tantôt des régions ; d'autre part, les textes
législatifs de niveau régional ou bien doivent respecter les normes
déterminées par le pouvoir central, ou bien peuvent s'en écarter.
Par voie de conséquence, il n'est pas rare de constater des exemples
d'incompatibilité entre les législations nationale et régionale,
question qu'il appartient au Tribunal constitutionnel de trancher
en dernier ressort.
Fonctionnement
des différents échelons
- Les communes
Le conseil municipal est élu pour une durée de cinq ans au suffrage
universel direct. L’organe exécutif est la giunta dont les membres,
qui ne sont pas nécessairement issus de l'assemblée, sont désignés
par le maire.
Le système d'élection du maire diffère selon la taille de la collectivité
:
- dans les collectivités de moins de 1 500 habitants, le maire est
élu en même temps que l'assemblée au scrutin majoritaire à un tour
(à chaque candidat au poste de maire correspond une liste de candidats
au conseil municipal) :
- dans les autres collectivités, l'élection du maire et celle de
l'assemblée sont distinctes, le maire étant élu au scrutin majoritaire
à deux tours, l'assemblée à la proportionnelle : le maire et l'assemblée
peuvent ainsi ne pas être de la même tendance politique.
- Les provinces
Le conseil provincial est élu au suffrage universel direct pour
une durée de cinq ans. La giunta constitue l’organe exécutif, dont
les membres sont désignés par le président de la province, élu au
suffrage universel direct lors du même scrutin que le conseil. Les
membres de la giunta ne sont pas nécessairement choisis au sein
du conseil provincial.
- Les régions
Le conseil régional est élu pour une durée de cinq ans à la représentation
proportionnelle et dispose d’un pouvoir législatif et réglementaire
propre dans le cadre de leurs compétences. L’organe exécutif de
la région est la giunta, dont les membres sont élus par le conseil
régional en son sein. La giunta est dirigée par un président, élu
au suffrage universel direct depuis 1999. Elle est notamment chargée
de superviser les lois et règlements adoptés par le conseil et de
préparer le budget régional.
2. Le processus de décentralisation
-
les
grandes étapes législatives.
- la Constitution de 1947, consacrant le principe d'autonomie
locale et créant les régions à statut spécial (Val d’Aoste, Sicile,
Sardaigne, Trentin Haut-Adige, Frioul-Vénétie-Julienne) ;
- la loi sur les collectivités locales de 1970, instaurant les
régions à statut normal
- la loi de 1990, définissant l’autonomie locale et l’organisation
des collectivités locales ;
- la loi de 1996 dite de décentralisation administrative ;
- les lois-cadre Bassanini adoptées à partir de 1997, définissant
notamment le principe de subsidiarité.
Ces dernières, ainsi que leurs textes d'application, ont considérablement
accentué la décentralisation régionale italienne en optant délibérément,
sans pour autant modifier la Constitution, pour la mise en oeuvre
du principe de subsidiarité et pour l'organisation, entre l'Etat
et les régions, d'un fédéralisme administratif.
des transferts de compétence progressifs aux régions
ordinaires
- à partir de 1995, transfert de l'ensemble des compétences de
santé (hôpitaux, corps médical, produits pharmaceutiques, à l’exception
des retraites) ;
- à partir de 1998, transferts d'autres compétences, en application
du principe de subsidiarité (aménagement du territoire, transports
publics locaux, environnement, voirie, infrastructures, développement
économique, services à la personne…) ;
- en contrepartie de ces transferts, accroissement de leurs attributions
fiscales : en 2001, une fois la réforme achevée, les recettes
fiscales devraient constituer la principale source de revenu des
régions.
-
Répartition
des compétences
- Les communes
Elles disposent d’une compétence générale pour toutes les affaires
d’intérêt général et peuvent exercer des compétences déléguées
par l’Etat ou les régions. Elles sont notamment chargées de l’urbanisme,
du logement social, des services sociaux, des transports publics
(locaux), de la voirie, des écoles (construction et entretien
des bâtiments, rémunération des enseignants des écoles maternelles
et de formation).
- Les provinces
Elles ont essentiellement un rôle d’assistance technique et administrative
aux communes. Elles sont également responsables de la construction
et de l'entretien des bâtiments scolaires de l'enseignement secondaire
obligatoire.
- Les régions
Elles sont compétentes en matière de planification urbaine, de
formation professionnelle, de culture et tourisme, de transports
publics régionaux, d’environnement, de logement, d’urbanisme,
… Elles gèrent également le service national de la santé, qui
constitue près de 70% de leurs dépenses courantes.
-
Budgets
des collectivités territoriales (année de référence : 1998)
- Structure des budgets
Les dépenses
Les dépenses locales totales s’élevaient à 142 Mds d’euros (dont
60% étaient des dépenses régionales), soit 13,3 % du PIB. Les
dépenses locales d'équipement représentaient 13 % des dépenses
locales totales et 1,8 % du PIB.
Les recettes
Les recettes fiscales
Depuis l’importante réforme fiscale entrée progressivement en
vigueur depuis le 1er janvier 1998, les principales recettes fiscales
des collectivités locales sont :
- pour les régions : l’impôt sur les activités économiques (IRAP
: en remplacement d'un certain nombre d'impôts nationaux, régionaux
et locaux), une partie de l’impôt additionnel sur le revenu (IRPEF)
, la taxe sur le gazole, la taxe automobile ;
- pour les provinces : une partie du produit de l’IRAP reversé
par la région, une partie de l'impôt additionnel sur le revenu
(IRPEF) et les taxes sur les primes d'assurance et l'enregistrement
des véhicules ;
- pour les communes : l'impôt communal sur la propriété immobilière
(ICI), une partie de l'impôt additionnel sur le revenu (IRPEF),
une partie du produit de l’IRAP reversées par la région, la taxe
d’enlèvement des ordures ménagères (TARSU), la redevance sur la
publicité.
Les dotations
Les communes bénéficient de trois dotations de fonctionnement
provenant :
- du fonds ordinaire (l'essentiel des transferts, affecté en fonction
de la différence entre le coût des services essentiels et le produit
de l'impôt communal sur la propriété immobilière) ;
- du fonds consolidé ;
- du fonds de péréquation des inégalités fiscales.
Les communes reçoivent entre outre des dotations d'investissement
provenant d'un fonds national ordinaire (contributions per capita
aux dépenses d'investissement).
Le système des dotations de fonctionnement aux régions varie selon
le statut des régions.
Potentiel
d’investissements
Les collectivités locales peuvent recourir librement à l’emprunt,
auprès de l’établissement de leur choix. Le recours à l'emprunt
des collectivités locales est toutefois encadré :
- les intérêts de la dette ne doivent pas excéder 25 % des recettes
courantes ;
- la durée de l’emprunt doit être comprise entre 10 et 20 ans.
Les émissions obligataires sont autorisées sous réserve de l'accord
préalable de la Banque d’Italie. La durée de l'émission ne peut
être inférieure à 5 ans.
3. Octobre 2001 : le fédéralisme
italien en marche
Contexte politique
Dimanche 7 octobre 2001, les Italiens se sont prononcés par
référendum en faveur du processus de décentralisation. Il
faut souligner le faible taux de participation de cette consultation
: 34,2 % pour partie occultée par l’actualité internationale
et le début des répliques américaines en Afghanistan.
A 64,2 %, les électeurs ont approuvé un renforcement des pouvoirs
des régions.
Ce processus avait été engagé par l’actuelle opposition de
centre gauche lorsqu’elle était au pouvoir. Le résultat constitue
donc pour elle une petite victoire politique. La majorité
de droite au pouvoir avec M.Silvio Berlusconi pourra revenir
sur le texte approuvé par les électeurs en votant une nouvelle
loi au parlement où elle a la majorité. Cela étant, la tâche
ne sera pas aussi aisée car le texte du centre-gauche a acquis
une légitimité démocratique dont il est difficile de faire
abstraction.
La ligue du Nord et Alliance nationale, deux composantes de
la coalition au pouvoir apparaissent comme les grands perdants
de la consultation. M Gianfranco Fini, le patron de l’Alliance
nationale et n° 2 du gouvernement, avait appelé à voter non.
M Umberto Bossi, le leader de la Ligue du Nord avait, lui,
appelé à boycotter les urnes. Ce dernier a en préparation
un projet de loi sur le fédéralisme prévoyant une dévolution
plus large des pouvoirs de l’Etat aux régions. Il devra toutefois
tenir compte de la nouvelle donne, d’autant que ses partenaires
dans la majorité sont divisés sur la question. Les petits
partis centristes de la coalition au pouvoir n’avaient pas
donné de consigne de vote aux électeurs, tandis que Forza
Italia, le parti de M.Berlusconi, avait opté pour la neutralité.
L’opposition s’est, elle aussi, divisée sur la question. Désavoués
par l’électorat, les communistes orthodoxes de Refondation,
qui avaient appelé à voter Non, ont enterré pour les mois
à venir toute idée de front commun avec les autres composantes
de l’opposition, les Démocrates de gauche (sociaux démocrates)
et la Margherite (centre gauche).
La teneur de la loi référendaire : inversement du principe
de subsidiarité et institutionnalisation du bilinguisme.
La consultation fait suite à l’adoption le 8 mars dernier,
par la majorité précédente, d’un projet de loi renforçant
les pouvoirs des régions. Il s’agit dont d’un référendum de
type « confirmatif » ce qui lui permet de se passer de quorum.
Les récentes consultations référendaires en Italie ont été
un échec en raison de l’absence de quorum car la participation
des Italiens à ce type de vote populaire est traditionnellement
faible.
Cette loi référendaire est donc immédiatement applicable.
Elle modifie les articles 117 et 118 de la Constitution italienne.
S’agissant de l’article 117, la loi affirme le principe de
la compétence législative entière pour les régions dans tous
les domaines, à l’exception de la politique étrangère, de
la défense, de l’immigration, de la justice, expressément
réservés à l’Etat. Cette réforme est significative en ce qu’elle
implique un renversement du principe de subsidiarité.
Elle renforce les pouvoirs législatifs des vingt régions notamment
en matière d’enseignement et d’environnement et de nomination
des juges de paix.
Les régions auront également à charge d’établir la parité
hommes-femmes pour les fonctions électives.
Parmi les nouveautés introduites figurent le fédéralisme en
matière de fiscalité, tandis que le gouvernement central créera
un fond de péréquation entre les régions.
Alors qu’il était déjà pratiqué, le bilinguisme sera par ailleurs
officialisé dans le Val d’Aoste et le Trentin-Haut Adige.
La loi institue enfin Rome comme « capitale de la République
», mais le législateur doit maintenant en définir le statut,
qui pourrait prendre la forme d’une « région capitale ».
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