Extraits du rapport d'information (326) Information économique aux États-Unis
du Sénateur Joël Bourdin.

 

DES ADMINISTRATIONS ÉCONOMIQUES FÉDÉRALES
OUVERTES ET TRANSPARENTES

 

Les États-Unis sont particulièrement avancés à la fois pour la transparence administrative (càd le fait de porter à la connaissance du public les informations dont elle dispose sous réserve des impératifs liés à la protection des données personnelles) et la transparence de l'administration, c'est-à-dire le fait que l'administration rende des comptes.

LES ADMINISTRATIONS FEDERALES

I - UN FONCTIONNEMENT DES ADMINISTRATIONS PUBLIQUES BEAUCOUP PLUS TRANSPARENT

Qu'il s'agisse de l'information relative aux recettes et aux dépenses publiques, de celle relative à l'emploi et aux salaires publics, au patrimoine public, l'information est relativement précise, complète, compréhensible

ZOOM sur l'information relative à la performance des administrations publiques

"Le Government Performance and Results Act (la loi sur les résultats et la performance des administrations publiques, dite « loi GOPRA »), impose désormais aux agences fédérales de publier des programmes stratégiques pluriannuels glissants (à cinq ans) et des rapports annuels de performance.

Ces documents précisent les missions, les objectifs et les moyens des agences fédérales, ainsi que leurs engagements en terme de gestion et de qualité du service. Ces documents définissent également des indicateurs de résultats et en retracent l'évolution. Ils sont audités par le General Accounting Office.

Là encore, ces rapports de performances peuvent parfois apparaître comme des exercices relativement formels. Quoique systématiquement mis en ligne sur les sites des agences fédérales, ils sont d'ailleurs peu connus du grand public, et parfois même méconnus des employés des agences concernées.

Cependant, ces rapports de performance renforcent l'acuité, la pertinence et la légitimité des contrôles externes des agences fédérales. En effet, la définition de mission, de « valeurs » et d'objectifs clairs est parfois un préalable indispensable à l'évaluation des politiques publiques ou des administrations publiques.

En outre, ces rapports, qui sont souvent déclinés unité par unité au sein des agences fédérales, constituent également un aiguillon et un instrument pour la modernisation de la gestion des services publics."

 

II - L'INFORMATION STATISTIQUE EST PRESQUE INTEGRALEMENT PUBLIQUE

"Pour apprécier l'effet de certaines réformes publiques, notamment en matière sociale et fiscale, il est parfois indispensable de suivre le comportement des agents économiques avant et après la mise en oeuvre de la réforme, donc de disposer de données sur les mêmes individus ou les mêmes entreprises pendant plusieurs années consécutives, c'est à dire de conduire des enquêtes dites « longitudinales ».

La réalisation de ce type d'enquête implique de bien identifier les répondants, pour pouvoir les suivre plusieurs années. En revanche, le traitement de ce type d'enquête s'effectue ensuite sur des données anonymes, c'est à dire dont les « identifiants » ont été supprimés.

Aux États-Unis, ces fichiers de données individuelles longitudinales (ainsi « anonymisées ») sont pour la plupart mis librement et gratuitement à la disposition du public, notamment via le réseau Internet. [...]

La publication de ce type de données favorise aux États-Unis le développement de la contre-expertise indépendante en matière d'évaluation des politiques publiques

En revanche les fichiers de micro-données longitudinales ne sont généralement pas mis à la disposition du public en France, certains d'entre eux étant toutefois communiqués à quelques chercheurs dans le cadre de conventions de recherche plus ou moins restrictives.

De même, la plupart des fichiers de données individuelles connaissent une très large diffusion aux États-Unis, alors que l'Etat conserve souvent le monopole de leur exploitation en France.

En particulier, à ce jour, le ministère de l'économie et des finances ne diffuse pas ses fichiers de données fiscales.
"

 

III - UNE LIBERTE D'ACCES AUX DOCUMENTS ADMINISTRATIFS EFFECTIVE

Un principe :
l'information utile au public doit être spontanément divulguée.

Si le Freedom Information Act de 1974 et la Loi du 17 juillet 1978 sur l'accès aux documents administratifs présentent un principe commun de liberté d'accès aux documents administratifs ainsi que des dispositions similaires pour assurer l'accès matériels à ces doments, en pratique, l'accès aux documents administrtaifs est bien mieux garanti aux Etats-Unis qu'en France.

"En premier lieu, le public est effectivement informé de ses droits.

La page d'accueil des sites Internet des principales agences fédérales comporte ainsi le plus souvent un chemin direct vers une section FOIA (Freedom of Information Act), qui rappelle les droits des citoyens et les devoirs de l'administration et qui expose très précisément les modalités de demande de documents.

Par contraste, on peut souligner que le site Internet du ministère français de l'économie, des finances et de l'industrie n'informe aucunement le public de son droit d'accès aux documents administratifs.

En second lieu, les administrations américaines se sont organisées pour répondre aux demandes de documents administratifs.

Toutes les grandes agences fédérales disposent ainsi d'un service spécialisé pour la gestion des demandes de renseignement effectuées sur la base du Freedom of Information Act (FOIA).

Dirigés par un FOIA Officer, ces services sont généralement distincts des autres services de communication et de diffusion. Les services FOIA de certaines agences fédérales, comme le ministère des affaires étrangères, la CIA ou le FBI, peuvent employer plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de personnes. En effet, le nombre total de demandes de documents formulées en application du FOIA dépasse 600.000 par an pour les seules administrations fédérales.

Par contraste, on peut signaler que l'introduction des mots-clef « accès aux documents administratifs » dans le moteur de recherche du site Internet du ministère français de l'économie, des finances et de l'industrie renvoie après quelques péripéties au Centre de documentation économie finances (CEDEF) du ministère, qui ne propose en fait pour l'essentiel que des documents déjà publics, notamment « les brochures d'information du ministère ».


Chaque agence fédérale doit d'ailleurs transmettre à l'Attorney General des États-Unis un rapport annuel public relative à la mise en oeuvre du Freedom of Information Act.

Ce rapport doit notamment recenser les requêtes, les recours gracieux et leurs suites, le délai moyen de réponse, les droits collectés et les moyens mis en oeuvre.
"

"Le Freedom of Information Act a d'ailleurs été complété en 1996 par l'Electronic Freedom of Information Act (EFOIA) qui prend en compte le développement du réseau Internet.

L'EFOIA prévoit en effet que les documents administratifs produits depuis le 1er novembre 1996 doivent être accessibles sous forme électronique.

Concrètement, les agences fédérales doivent être en place des « salles de lecture » électroniques, procéder à l'indexation informatique des documents disponibles, mettre en ligne la liste des principaux documents disponibles et, dans la mesure du possible, transmettre les documents demandés sous forme électronique. [...]

Par ailleurs, les délais d'accès aux documents administratifs sont beaucoup plus resserrés aux États-Unis.

En effet, l'administration n'a, en principe, que vingt jours ouvrables pour répondre à la première demande, puis de nouveau vingt jours ouvrables pour répondre à un éventuel recours gracieux, de sorte que la procédure précontentieuse ne dure, en principe, au plus que deux mois aux États-Unis, contre cinq mois en France.

Enfin, la procédure contentieuse prévue en cas de refus persistant de l'administration est beaucoup plus efficace."

 

LES ADMINISTRATIONS ECONOMIQUES OUVERTES

ZOOM sur la volonté d'assurer la plus large diffusion possible à l'information publique

1. Les statistiques et rapports publics sont en principe gratuits

Aux États-Unis, les rapports administratifs et les statistiques produits par les agences fédérales sont en principe gratuits.

Ce principe repose sur un triple fondement.

En premier lieu, les Américains estiment que les citoyens n'ont pas à payer deux fois pour des produits dont le coût marginal est très faible : une première fois au travers de leurs impôts, puis une seconde en achetant des rapports ou des données réalisés à partir de ces impôts.

En second lieu, les statisticiens américains estiment que les personnes morales ou physiques qui répondent aux enquêtes doivent pouvoir accéder gratuitement aux résultats de ces enquêtes.

Enfin, les rapports administratifs et les principales statistiques sont considérés aux États-Unis comme des biens publics, dont la diffusion doit être encouragée, parce qu'elle participe de l'obligation pour l'administration de rendre des comptes et parce qu'elle favorise des choix publics et privés mieux éclairés.

On peut noter que ce principe de gratuité contraste avec la volonté de l'INSEE et d'EUROSTAT de couvrir une partie de leurs charges par la vente de leurs publications et de leurs fichiers de données.

Par ailleurs, et pour les mêmes raisons, les directives de l'Office of Management and Budget relatives à l'organisation du système statistique fédéral prévoient que les données statistiques doivent être publiées dans les délais les plus brefs possibles

2. La plupart des données publiques sont disponibles sur le réseau Internet

Le réseau Internet constitue de plus en plus le principal moyen de diffusion des rapports et des statistiques produites par les administrations publiques.

Selon le bureau du recensement, près de 90 % de ses données sont ainsi disponibles (gratuitement) via Internet.

En outre, le fait que des données ne soient pas mises en ligne s'explique le plus souvent par des contraintes techniques : certains fichiers sont trop gros pour être téléchargés, et ne peuvent être diffusés que sur CD-ROM ou bandes magnétiques.

On peut ainsi rappeler que certains fichiers de micro-données fiscales et sociales sont ainsi disponibles gratuitement par Internet pour tous les chercheurs du monde entier, alors que des données similaires collectées par l'INSEE ne connaissent en France aucune diffusion publique.

Par ailleurs, pour faciliter les recherches des utilisateurs, les administrations américaines ont construit des portails communs à plusieurs agences statistiques.

Le site STAT-USA internet ( http://www.stat-usa.gov) rassemble ainsi les données produites par les deux grandes agences statistiques du département du commerce (le bureau du recensement et le bureau d'analyse économique).

De même, le site de la Maison blanche rassemble les principales statistiques économiques dans une « briefing room » virtuelle, l'Economic statistics briefing room  ( http://www.whitehouse.gov/fsbr/esbr).

Enfin, partant du constat selon lequel la fragmentation du système statistique ne permettait pas au public d'identifier facilement l'agence produisant les statistiques dont il avait besoin, le Conseil inter-agences sur la politique statistique a constitué à partir de l'Economic statistics briefing room de la Maison Blanche un portail Internet commun à l'ensemble des agences statistiques fédérales : FedStats ( http://www.fedstats.gov).

 

« L'AFFAIRE DE LA CAGNOTTE » SERAIT AINSI INENVISAGEABLE AUX ÉTATS-UNIS

A. LES ÉTATS-UNIS ONT ÉGALEMENT CONNU DES SURPRISES BUDGÉTAIRES

A la fin des années 1990, les recettes fiscales se sont révélées plusieurs années de suite beaucoup plus importantes qu'initialement escompté.

Ces heureuses surprises résultent en premier lieu de ce que la croissance du PIB fut pendant plusieurs années consécutives plus rapide que les prévisions de la quasi-totalité des instituts de conjoncture privés, et surtout beaucoup plus rapide que les prévisions relativement prudentes de l'administration présidentielle et du bureau du budget du Congrès (CBO).

En outre, comme en France, la croissance fut exceptionnellement « riche  en recettes fiscales », c'est à dire que les recettes fiscales se sont spontanément accrues proportionnellement plus vite que le PIB.

Les experts américains consultés expliquent ce phénomène par la déformation de la structure des revenus au profit des ménages les plus aisés, en raison notamment du dynamisme des revenus du patrimoine.

Les recettes des impôts sur les plus values ont ainsi fortement progressé en lien avec la forte hausse des cours boursiers.

Ces évolutions ont été mal anticipées, car le système statistique fédéral demeure trop centré sur l'ancienne économie, notamment sur la mesure des revenus des ouvriers de l'industrie, et appréhende mal les plus values et les stock options.

Au total, les États-Unis ont donc connu des « surprises » budgétaires d'une ampleur sans équivalent : les finances publiques, qui connaissaient un déficit supérieur à 3 % du PIB en 1995, ont d'ailleurs retrouvé l'équilibre dès 1998, puis ont connu des excédents proches de 2 % du PIB en 1999 et en l'an 2000.

On peut d'ailleurs noter que les États-Unis disposent bien une « cagnotte fiscale », c'est à dire des excédents budgétaires, alors que le surcroît de recettes fiscales en France en 1999 et en l'an 2000 a seulement permis une modeste réduction du déficit budgétaire.

B. CEPENDANT, CES SURPRISES BUDGÉTAIRES ONT ÉTÉ PARTAGÉES PAR TOUS AU MÊME MOMENT

Cependant, ces surprises budgétaires ont été connues presque au même moment par le gouvernement, par le Congrès et par les observateurs indépendants.

En effet, le Trésor publie trois états détaillées de la situation des finances publiques : un état quotidien, un état mensuel et un état trimestriel.

L'état quotidien est difficile à interpréter. Cependant, la situation mensuelle du Trésor est très détaillée et donne une vision relativement claire de la situation des finances publiques américaines en cours d'année.

Par ailleurs, les règles de la comptabilité publique limitent aux États-Unis les opérations de fin de gestion, de sorte que l'on peut assez bien déduire le solde budgétaire final à partir des données mensuelles.

Au total, le gouvernement fédéral ne pouvait aucunement dissimuler la situation favorable des finances publiques, si tant est qu'il en avait eu l'envie : les surcroîts de recettes par rapport aux prévisions étaient publics quelques jours après que l'administration fiscale les eut constatés.

Concrètement, les surprises budgétaires ont été pour l'essentiel découvert par l'administration en avril, au moment où les contribuables individuels adressent simultanément la fois leur déclaration de revenus et le chèque correspondant à l'écart entre l'impôt dû et le montant prélevé à la source. Quelques jours après, ces surprises transparaissaient lors de la publication de la situation mensuelle du Trésor.

Le débat relatif au surcroît de recettes a donc pu s'engager d'emblée aux États-Unis sur les questions de fond, c'est à dire sur l'orientation optimale de la politique budgétaire dans une perspective de moyen-long terme."

 

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