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Services publics en
Europe :
Le droit au service minimum
| Les
conditions d'exercice du droit de grève dans les services
publics pour assurer un service minimum sont réglementées dans tous pays européens
sauf en France. |
Dans notre pays, le droit de grève est reconnu par la Constitution
: le droit à la continuité du service dans les services publics
essentiels. La France est le seul pays à n'avoir pas su trouver
le compromis entre ces deux droits fondamentaux par une législation
adaptée. Ce vide juridique est une conséquence d'un manque
de courage politique.
La France est le seul pays à ne pas avoir adopté de
règles permettant d'instaurer un service minimum dans l'ensemble
des services essentiels. En France, seul la télévision, la
sécurité et la navigation aériennes ont une obligation de
service minimum.
L'Allemagne
l'a fait par voie jurisprudentielle et les autres pays par
voie législative : soit par le biais des dispositions générales
sur le droit de grève (Espagne et Portugal), soit en légiférant
dans le domaine particulier des services essentiels (Italie).
Partout l'organisation du service minimum est négociée par
avance par des accords collectifs avec les partenaires sociaux.
France
Allemagne
Royaume-Uni
Portugal
Espagne
Italie
Synthèse
France
La Constitution
autorise le droit de grève à condition qu'il
"s'exerce dans le cadre des lois qui le réglementent".
Mais ces lois n'ont jamais été adoptées. Il n'existe donc
aucune réglementation relative au service minimum dans les
services publics.
Néanmoins, le
Conseil d'Etat juge qu'il est de la responsabilité de l'Etat
d'y "apporter les limitations permettant d'en éviter un usage abusif ou contraire
aux nécessité de l'ordre public". Le Conseil Constitutionnel
a de son côté élevé la continuité du service public au rang
de valeur constitutionnelle.
Les contraintes apportées à exercice de la grève dans le secteur
public sont faibles : obligation de négocier, préavis de cinq
jours précisant les raisons de la grève -mais le dépôt de
préavis à répétition permet de passer outre. Seuls quelques
services publics doivent assurer un service minimum : la radio
et la télévision, la navigation aérienne, les hôpitaux.
Si des circonstances exceptionnelles l'imposent, une entreprise
de service public peut recourir à du personnel intérimaire
et à la sous-traitance, organiser des mutations internes et
proposer aux non-grévistes d'effectuer des heures supplémentaires.
Allemagne
La
Constitution allemande interdit le droit de grève aux fonctionnaires
liés par un rapport de droit public. Cela concerne 40% des
effectifs du secteur public, parmi lesquels figurent les cheminots.
En revanche, les agents des services publics régis par le
droit commun du travail possèdent le droit de grève. Pour
ces derniers, c'est la jurisprudence qui codifie l'exercice
du droit de grève. Les employés doivent veiller
"à ne pas léser indûment les intérêts vitaux de la population et
de veiller, en cas de grève, à ce que les mesures de protection
indispensables soient assurées ". Les directives
de la Confédération allemande des syndicats prévoient qu'un
service minimal soit mis en place. Les grévistes ont la responsabilité
d'assurer les "travaux
de continuité et d'urgence".
Cependant
la question se pose dans un contexte particulier. Le droit
de grève est en effet conçu comme un moyen ultime pour conclure
ou faire appliquer des conventions collectives ; la grève
ne peut ainsi avoir lieu pendant la durée de validité d'une
convention collective -il faut donc attendre les renégociations.
Le conflit doit concerner des dispositions relatives aux
conditions de travail et être dirigé contre le partenaire
social. Il doit en outre être organisé ou soutenu par les
syndicats.
Royaume
Uni
Il n'existe pas de réglementations spécifiques du droit de
grève dans les services publics. Toutefois, la grève est interdite
dans l'armée, la marine marchande et dans la police. Le personnel
des postes et télécommunication quant à lui ne doit sous aucun
prétexte retarder la retransmission du courrier et des messages.
Le vote s'effectue à bulletin secret. Un préavis est obligatoire.
Les piquets de grèves sont interdits.
Des
grèves limitées
L'immunité totale garantie aux syndicats en cas de poursuites
civiles engagées à la suite de grèves est limitée aux seuls
conflits considérés comme légaux, c'est-à-dire aux conflits
nés de différends entre les salariés et l'employeur et portant
sur les sujets suivants : les conditions d'emploi, l'embauche,
le licenciement, la répartition du travail, l'affiliation
syndicale, les règles de discipline ou les procédures de négociation
ou de consultation des salariés. En outre, depuis le début
des années 80, les syndicats ont signé de nombreuses clauses
de non-grève, par lesquelles ils s'engagent à ne pas recourir
à la grève pendant la durée de l'accord.
La
réquisition
La nécessité d'"assurer à la communauté ce qui est essentiel
à la vie" autorise le recours à la réquisition. L'Emergency
Powers Act de 1964 autorise le gouvernement, sans accord préalable
du Parlement, à déployer des troupes pour assumer "un
travail urgent d'importance nationale", et ce, sans déclarer
l'état d'urgence.
Portugal
La
législation portugaise de 1977 sur le droit de grève a établi
des règles permettant d'assurer un service minimum pour les
services essentiels, services qui assurent "des besoins
sociaux absolument nécessaires". Parmi les services concernés
figurent notamment les transports (gares ferroviaires, aéroports),
ainsi que les postes et télécommunications. Mais le gouvernement
a la possibilité d'y inclure de façon temporaire une large
gamme d'autres activités.
Le
service minimum est aménagé par la négociation collective
ou par un arrêté ministériel.Le gouvernement peut recourir
à la réquisition civile pour assurer la continuité du service
publics considérés comme vitaux. Elle a été utilisée plus
de vingt fois depuis 1974 pour permettre la garantie du service
minimum lors de grèves, essentiellement dans le secteur des
transports (dans plus de deux tiers des cas).

Le
droit au service minimum est, en Espagne, inscrit dans la
Constitution : c'est donc une garantie essentielle accordée
aux citoyens-usagers.
La
Constitution espagnole exige le maintien des "services
essentiels de la communauté" en cas de grève, services
que la jurisprudence du Tribunal constitutionnel a défini
de façon volontairement imprécise comme relevant de la nécessité
de protéger les intérêts des usagers.
En
tout état de cause, les services qui tendent à satisfaire
les droits et biens constitutionnellement protégés que sont
la vie, la santé, l'intégrité physique, la liberté de circulation
et d'information ainsi que l'éducation, sont considérés comme
essentiels.
Pour
tous les autres cas, il est jugé ". plus approprié que
le Tribunal se prononce en fonction de chacune des données
particulières susceptibles de se présenter à l'avenir ".
Ainsi,
en 1981, dans une décision prise à propos des transports ferroviaires,
celui-ci retient une définition assez restrictive, selon laquelle
" un service est essentiel non pas en raison de la nature
de son activité, mais par les résultats attendus de cette
activité ", compte tenu de la nature des intérêts
qu'elle vise à satisfaire ".
La
notion est donc relative. Il faut apprécier chaque situation
en fonction des circonstances, de la durée de la grève, de
la possibilité de services de substitution, etc. C'est à l'autorité
gouvernementale (le gouvernement national ou celui de la communauté
autonome) qu'il revient de fixer les mesures indispensables
au fonctionnement de ces services. De nombreux décrets relatifs
au service minimum dans les hôpitaux, les chemins de fer,
l'enseignement ou encore la justice ont été pris. En cas de
situations graves, l'"autorité gouvernementale"
peut prendre toutes les mesures qui lui paraissent justifiées
pour maintenir les services essentiels.
En
revanche, comme au Portugal, la loi interdit à l'employeur
de remplacer les grévistes -sauf lorsqu'ils sont chargés du
maintien de la sécurité- par de nouveaux travailleurs dès
lorsque la grève est déclarée.

Un cadre légal pour une autoréglementation collective
En Italie, des "codes d'autodiscipline" ont été
signés par les syndicats , les syndicats confédéraux et autonomes
et un accord interconfédéral a été conclu en 1988. C'est sur
ce principe que, depuis 1990, les conventions collectives
ont l'obligation de prévoir un service minimum et de préciser
les "prestations indispensables" assurées en cas
de grève. Celles-ci sont définies après consultation des associations
d'usagers.
La
loi protège donc l'usager et prévoit son information par un
certain nombre d'obligations :
- préavis de grève d'au moins dix jours (contre 5 en France)
- annonce à l'avance de la durée de la grève, ce qui interdit
toute grève à durée illimitée
- les principales caractéristiques du service minimum (modalités
et horaires) doivent être rendues publiques au moins cinq
jours avant le début de la grève ainsi que les mesures permettant
la reprise normale du service, laquelle doit être rapide dès
la fin de l'arrêt du travail.
Dans
le domaine des transports par exemple, de nombreuses garanties
sont ainsi données aux usagers :
- pendant chaque journée de grève, les transports locaux garantissent
un service minimum le matin et le soir, aux heures de pointe
(le plus souvent 6 h - 9 h et 18 h - 21 h)
- les transports ferroviaires assurent les déplacements des
banlieusards ainsi que la plupart des liaisons sur longue
distance ;
- dans les transports aériens, il est interdit de faire grève
entre 7 h et 10 h ainsi qu'entre 18 h et 21 h, les liaisons
avec les îles sont garanties, de même qu'un certain nombre
de vols internationaux en dehors des tranches horaires définies,
si bien qu'environ la moitié des vols est assurée ;
- dans les transports maritimes, un système de tranches horaires
ainsi que la règle de l'interdiction de la grève simultanée
de plusieurs moyens de transport garantissent les liaisons
avec les îles.
La
loi a par ailleurs créé une commission de garantie d'application
de la loi, chargée " d'évaluer si les mesures adoptées
concilient l'exercice du droit de grève et la jouissance des
droits de la personne protégés par la constitution ".
En cas de difficulté pour parvenir à un accord, elle est investie
d'une mission de conciliation qui peut déboucher sur une proposition
d'accord soumise ensuite aux parties. " Lorsqu'il existe un danger réel de préjudice grave et imminent aux droits
de la personne garantis par la constitution, en raison de
la paralysie de services d'intérêt général essentiel provoquée
par un arrêt collectif du travail " et que, toute
tentative de conciliation a échoué, le Président du conseil,
le ministre désigné ou le préfet de région peut ordonner la
réquisition.
Enfin,
la loi prévoit des sanctions en cas de non respect des dispositions
portant sur la grève, le service minimum ou la réquisition.
En
savoir plus :
L'Italie
renforce la limitation du droit de grève dans les services
publics. Le Monde, 27 mars 2000
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