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La
dépendance en question
La part des personnes très
âgées (article sur le
rapport de dépendance -
proportion de personnes âgées de plus de 60 ans
par rapport à la population âgée de 20
à 59 ans). ne
cesse de croître, passant ainsi en Europe de 1,6% en
1960 à 3,8% en 1997 à 5,6% en 2020. Ce mouvement
de vieillissement pose la question de la dépendance
des personnes âgées. Dépendance, c'est-à-dire
assistance dans la vie quotidienne et assistance en matière
de soin de santé.
Quels sont les rôles et l'importance respectifs de la
famille et de la protection sociale dans les différents
européens ?
Quel est le rôle de la famille dans la prise
en charge des personnes âgées dépendantes
et quelles incitations les Etats développent-ils pour
la favoriser ?
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Trois
grands systèmes de protection sociale coexistent avec
des réponses propres à la dépendance.
Une
prise en charge par la collectivité
(réponses de type beveridgien) |
La
dépendance comme nouveau risque
(réponses de type bismarckien) |
Une
logique principalement d'aide sociale |
Danemark
Suède
Finlande
Royaume-Uni
Irlande
|
Allemagne
(1995)
Autriche (1993)
Luxembourg (1998)
Japon (01.04.2000) |
Belgique
Grèce
Espagne
Portugal
Italie |
" Les
pays " bismarkiens "
ont créé un nouveau risque dépendance en fixant un montant
maximum des prestations, réservées aux plus dépendants et
souvent servies en espèces. C’est le cas de l’Autriche en
1993, de l’Allemagne en 1995, du Luxembourg en 1998 et du
Japon le 1er avril 2000.
En Allemagne,
l’assurance dépendance couvre 90 % de la population à condition
que le revenu salarial mensuel n’excède pas, en 1999, 8500
deutsch mark (4346 euros) pour l’ouest de l’Allemagne et 7200
deutsch mark à l’est (3681 euros). Une personne est considérée
comme dépendante dès lors qu’elle a un besoin élevé et permanent
d’assistance (soit supérieur à 6 mois) pour réaliser les actes
essentiels de la vie, en raison d’une maladie, d’un handicap
physique, psychique ou mental. Les déficiences fonctionnelles
et les démences séniles comme la maladie d’Alzheimer ne sont
pas suffisamment prises en charge, une réforme est en cours
d’élaboration pour y remédier. La majorité des personnes dépendantes
bénéficie de soins à domicile et choisit de recevoir la prestation
en espèces plutôt qu’en nature. Lorsqu’elle doit être hébergée
en établissement, la personne doit financer elle-même ses
frais d’hébergement et de nourriture, l’assurance dépendance
ne prenant en charge que les soins de base. L’assurance dépendance
allemande est financée par une cotisation de 1,7 % des salaires
bruts, partagée à égalité entre employeurs et salariés. Les
retraités contribuent de la même façon en partageant le paiement
des primes avec leur organisme de retraite. Cependant, les
recettes de l’assurance dépendance risquent de ne plus être
suffisantes à l’avenir pour couvrir les dépenses liées à la
dépendance, comme ce fut le cas en 1999.
Au Japon,
un régime d’assurance dépendance similaire doit voir le jour
pour compléter les crédits d’impôt déjà accordés aux familles
qui ont une personne dépendante à leur charge. Cette année,
22 millions de Japonais de plus de 65 ans en ont déjà bénéficié,
leurs soins de longue durée étant pris en charge quelle que
soit la cause de leur dépendance. Les personnes âgées de moins
de 65 ans y ont également droit à condition que leur dépendance
soit liée à une pathologie gériatrique.
L’Autriche
offre, quant à elle, depuis 1993, une " allocation assistance
" universelle en espèces aux personnes dépendantes soignées
à domicile, dès lors qu’elles ont besoin d’être aidées pendant
plus de 6 mois, à raison de 50 h par mois au moins.
Les
pays " beveridgiens "
offrent des prestations, généralement en nature, non contributives
avec un niveau de protection inégalé dans les pays scandinaves
(Danemark, Suède, Finlande) et un système moins généreux dans
les pays anglo-saxons (Royaume-Uni, Irlande). Les États-providence
scandinaves ont développé les soins de proximité aux personnes
âgées dans les années 70 et ce, malgré la crise économique.
Leur niveau de protection sociale et l’étendue des services
à domicile offerts à leurs personnes âgées dépendantes n’a
pas d’équivalent dans les autres pays européens.
C’est
là, ainsi qu’aux Pays-Bas, que la prise en charge de
la dépendance est la plus professionnalisée et que peu de
personnes âgées vivent avec leurs enfants.
Le
Danemark arrive en tête des pays nordiques de par l’ampleur
des prestations offertes et la précocité des mesures prises
pour maintenir les personnes âgées dans la communauté. Le
concept " d’habitat adapté au grand âge ", qui permet d’offrir
aux personnes âgées les services dont elles ont besoin indépendamment
du lieu où elles vivent, a permis de remplacer progressivement
les établissements d’hébergement collectif et, lorsque c’est
encore le cas, les personnes dépendantes ne consacrent que
15 % de leur retraite au financement de leur logement. Par
ailleurs, les soins infirmiers et les appareils nécessaires
leur sont fournis gratuitement. C’est le seul pays à offrir
une partie de l’aide à domicile aux personnes âgées sans contrepartie.
Même si les pays anglo-saxons, tel le Royaume-Uni,
offrent aux plus de 60 ans un accès gratuit aux soins médicaux,
leur système est beaucoup moins généreux, bien que les autorités
locales financent un " care package ", panoplie de soins offerte
aux personnes âgées qui ne peuvent assumer la totalité des
frais. Les pays qui privilégient un système d’aide sociale
coexistant à la sécurité sociale et fondé sur l’assistance
aux personnes dont les ressources sont insuffisantes.
En
Espagne, par exemple, les familles qui hébergent un
parent âgé de 70 ans ou plus à faibles ressources, peuvent
être exonérées d’impôt sur le revenu ; exonération trois fois
plus forte si ce dernier est handicapé. L’Espagne est en train
de moderniser de façon ambitieuse sa prise en charge de la
dépendance avec son " plan d’action 2000-2005 ". Ce plan permet
aux personnes âgées de participer réellement à la définition
du programme d’actions dans le but de décentraliser les services.
La
Grèce et l’Italie ont des programmes équivalents.
Si les pays nordiques ne doivent pas connaître de difficultés
majeures dans les années à venir car ils ont bien anticipé
le vieillissement de leur population, la situation de la Grande-Bretagne
est plus contrastée.
De
même, les pays d’Europe du Sud, qui ont des systèmes
de santé mixtes avec une prise en charge très limitée de la
dépendance, vont connaître un vieillissement plus
rapide et plus prononcé que celui de la moyenne européenne.
Ils devront faire face à une forte hausse de la demande de
soins de longue durée dans un contexte d’affaiblissement de
l’aide familiale, notamment féminine. L’Irlande et le Japon
sont dans des situations similaires, malgré un système de
protection sociale différent. Toutefois, l’Irlande restera
le pays " le plus jeune " de par son dynamisme démographique
et le Japon deviendra le pays " le plus vieux ". L’Allemagne
et la France, aux évolutions démographiques parallèles, ont
pourtant choisi des stratégies institutionnelles différentes
pour prendre en charge la dépendance : le système français
est, jusqu'à présent, fondé sur l’aide sociale et sur la famille,
tandis qu’en Allemagne la dépendance est devenue le " cinquième
risque " de la sécurité sociale."
Extrait
de la revue Retraite & Société n° 31, sept. 2000
Pour
en savoir plus :
La
situation de l'assurance-dépendance privée en
Europe (2000)
Conférence
de l'association Réavie
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