La
justice des mineurs
L'âge
de la responsabilité pénale des mineurs
L'âge
de la majorité pénale, c'est-à-dire
l'âge à partir duquel un délinquant
relève du droit pénal commun, est
fixé à 18 ans dans presque tous les pays
européens. C'est le cas en Allemagne, en Angleterre,
en Belgique, en France, en Italie, aux Pays-Bas (et
en Suisse).
L'âge
de la responsabilité pénale, c'est-à-dire
l'âge à partir duquel les mineurs sont
considérés comme suffisamment âgés
pour pouvoir commettre une infraction et pour être
soumis au droit pénal des mineurs, varie en revanche
beaucoup.
En
Angleterre, Pays-Bas (et en Suisse), le
mineur qui n'a pas atteint l'âge de la responsabilité
pénale ne peut en aucun cas être considéré
comme pénalement responsable. L'âge de
cette responsabilité est de 7 ans en Suisse,
10 ans en Angleterre (depuis le 31/07/1998),
12 ans aux Pays-Bas, 13 ans en France.
Dans les autres pays, le mineur qui n'a pas atteint
l'âge de la majorité pénale est
présumé irresponsable, sauf si certaines
circonstances sont réunies. L'âge de l'irresponsabilité
pénale relative est de 13 ans en France,
14 ans en Allemagne et en Italie, 16 ans
en Belgique.
Face au développement des infractions graves
commises par des mineurs, certains prônent l'abaissement
à 12 ans de l'âge pénal en Allemagne
et en Belgique.
Quelle
juridiction pour les mineurs ?
L'exemple
des Etats-Unis
La tendance à assimiler juridiquement les mineurs
à des adultes ne cesse de croître.
Tous les Etats américains (sauf Hawaii) ont depuis
quatre ans modifié leurs lois pour soumettre
dès l'âge de 14 ans des mineurs au droit
pénal des adultes. Cinq d'entre eux l'autorisent
dès 13 ans. Deux à 12 ans, trois à
10 ans.
Chaque année, 200 000 jeunes délinquants,
écartés des tribunaux pour mineurs réputés
n'être pas assez sévères, passent
directement devant des cours pénales d'adultes
pour des infractions allant du meurtre au simple cambriolage.
Sur les 17 000 mineurs punis de prison ferme, 2% le
sont pour la vie, et 3 500 d'entre eux, soit 21%, purgent
leur peine en compagnie de détenus majeurs.
NB
: La Cour suprême refuse toujours les exécutions
avant l'âge de 14 ans.
La
tolérance zéro en Grande-Bretagne : vers
une plus grande sévérité des peines
-
Abaissement de la responsabilité pénale
de 13 à 10 ans
- Suppression de la présomption d'irresponsabilité
qui jugeait les enfants de moins de 14 ans incapables
de distinguer le bien du mal.
- Comparution des parents responsables des méfaits
de leurs enfants et pénalisation financière
-à hauteur de 10 000 F.
- Cartons jaunes et cartons rouges ou le système
du dernier avertissement
Un premier délit peut faire l'objet soit d'une
admonestation s'il s'agit d'une première infraction
peu grave, ou d'une mise en garde si l'infraction est
plus importante (ou si à l'occasion d'une récidive,
l'agent de police considère que l'infraction
ne justifie pas une inculpation).
A la suite d'une mise en garde, le mineur est confié
à une brigade anti délinquance juvénile
qui détermine si un programme de réinsertion
et de prévention de la récidive s'impose.
A la suite d'une nouvelle infraction, tout nouveau délit
débouchera sur une inculpation.
Les
jeunes délinquants récidivistes sous haute surveillance
(juil.2001)
Suisse
: nouveau droit pénal des mineurs
L'article
du Temps, 08.03.2002
Une
structure pour mineurs pas comme les autres
En Suisse romande, il y existe deux
centres de détention pour les jeunes délinquants
entre 14 et 18 ans. Malgré le fait qu'ils commettent
des délits de plus en plus violents, ces prisons
pour jeunes n'ont pas de gardiens. Comment cela
fonctionne-t-il ? Reportage sur le centre de Valmont,
près de Lausanne. Reportage
Mise au point, TSR, 13.05.2001
La
Vidéo |
Le
modèle anglais
La
chasse à l'école buissonnière est
ouverte
Chaque année en Grande-Bretagne, un million d'écoliers
et de lycéens désertent les salles de
cours sans motif valable. L'objectif poursuivi est de
réduire ce temps perdu (d'un tiers d'ici l'an
2 002) afin de limiter les risques de délinquance.
Pour lutter contre l'absentéisme, diverses pistes
sont envisagées : possibilité pour la
police d'interpeller les jeunes soupçonnés
de faire l'école buissonnière et de les
reconduire dans leurs établissements ; responsabilisation
des parents qui peuvent être soumis à une
injonction judiciaire ; ou encore registres de présence
informatisés.
Les
couvre-feux
Il concerne les enfants de moins de dix ans livrés
à eux-mêmes dans les rues à une
heure tardive. Un officier de police qui aura de bonnes
raisons de penser qu'un enfant a enfreint le couvre-feu
devra le reconduire chez ses parents ou, en leur absence,
au commissariat.
Ordonnance
sur la sécurité des enfants
Elle vise à prévenir tout comportement
anti social de la part d'un mineur de moins de 10 ans.
L'enfant sera placé sous la surveillance d'un
travailleur social ou d'un membre d'une brigade anti-délinquance.
L'exemple
des Pays-Bas : le programme HALT
Prévention du vandalisme par la responsabilisation
des jeunes
Le
programme HALT vise - de concert avec la police, les
procureurs, les victimes et la municipalité -
à obtenir que les jeunes responsables de vandalisme
réparent les dommages qu’ils ont causés.
De plus, il leur offre une aide pour résoudre
leurs problèmes dans les domaines de l’emploi,
du logement et de l’éducation, souvent sous-jacent
à leur comportement délinquant. La réussite
de cette initiative a entraîné sa mise
en application dans plus de 43 endroits aux Pays-Bas.
Depuis 1995, le nombre de ces contrats ne cessent d'augmenter,
passant de 17 235 en 1995 à 20 867 en 1997.
Les
services de police ont constaté un accroissement
des actes de vandalisme commis par les jeunes dans les
années 1980, mais ces infractions n'étaient
pas jugées assez graves pour justifier une intervention
judiciaire et les avertissements de la police n'étaient
pas toujours efficaces.
En 1981, un projet HALT a été mis sur
pied à Rotterdam (env. 599 000 habitants), de
concert avec les services de justice et de police, pour
réduire et prévenir le vandalisme et les
frais de réparation qu'il entraîne.
Les adolescents âgés de 12 à 18
ans appréhendés pour un premier et un
deuxième acte de vandalisme pouvaient réparer
directement leur faute et éviter des poursuites
judiciaires. Chaque jeune s'y engage par un accord écrit,
que ses parents signent également s'il a moins
de 16 ans. Il peut accomplir des petits travaux en relation
avec son geste ou rembourser les dégâts
causés, en travaillant par exemple dans le magasin
où il a volé.
Si les accords sont respectés, il n'y a en effet
ni sanction, ni inscription au casier judiciaire. Dans
le cas contraire, des poursuites peuvent être
engagées.
Le
programme HALT offre
- aux victimes, la possibilité de faire réparer
les dommages résultant du vandalisme par le ou
les contrevenants impliqués ou de faire accomplir
d'autres menues tâches correspondant au coût
des biens endommagés;
- aux jeunes, l'aide nécessaire pour régler
leurs problèmes courants (par ex., d'emploi,
de logement, d'études);
- aux résidants des quartiers, des renseignements
sur les conditions propices au vandalisme et des conseils
sur les mesures à prendre pour dissuader les
vandales;
- aux écoles, des campagnes d'information visant
à combattre le vandalisme et à encourager
des initiatives de nettoyage des quartiers.
Une
évaluation du programme HALT à Rotterdam,
Eindhoven (env. 197 000 habitants) et Dordrecht (env.
114 000 habitants) a révélé que
:
- 63% des jeunes qui participaient au programme avaient
cessé ou diminué leurs activités
de vandalisme, alors que dans un groupe qui ne participait
pas au programme, seulement 25% des jeunes avaient diminué
leurs activités de vandalisme.
- 83% des jeunes participants qui avaient commis plus
de 10 actes de vandalisme avant leur enrôlement
dans le programme, avaient cessé ou réduit
leurs activités criminelles, comparé à
68% des jeunes qui en avaient commis entre 3 et 10 et
44% qui en avaient perpétré moins de 3.
Au
départ, les fonds ont été fournis
par l'administration municipale. L'initiative est maintenant
subventionnée en partie par le ministère
de la Justice des Pays-Bas.
Un
exemple américain de prévention sociale
:
Le Quantum Opportunities Program ou l'encouragement
à l'obtention d'un diplôme
Le
constat de départ est le suivant. Les jeunes
qui éprouvent des problèmes scolaires
et les décrocheurs sont plus sujets à
la délinquance et la consommation de drogues
et les jeunes défavorisés ont tendance
à commettre trois fois plus de crimes que la
moyenne des citoyens.
Le
Quantum Opportunities Program encourage les adolescents
défavorisés à terminer leur scolarité
en leur offrant des activités en dehors des heures
de classe telles l’enseignement assisté par ordinateur
et le développement d’habiletés sociales
et familiales, pour lesquelles ils reçoivent
une rémunération tandis qu’un montant
équivalent est déposé dans un compte
pour leurs études supérieures afin de
les inciter à poursuivre leurs études
secondaires.
De
1989 à 1993, le Quantum Opportunities Program
(QOP) a été offert à de nombreux
adolescents défavorisés de cinq villes
(San Antonio, Philadelphie, Milwaukee, Saginaw et Oklahoma
City). Ces jeunes participaient par groupes de 20 à
25 à des activités en dehors des heures
de classes. L'âge moyen des participants est de
14 ans. Ils recevaient une rémunération
(entre 1$ et 1,33$ de l'heure) et un montant équivalent
était déposé dans le compte d'un
collège.
Dans le but d'encourager les jeunes à compléter
leur scolarité, les activités suivantes
étaient offertes dans la limite de 250 heures
par an au choix :
- activités éducatives : enseignement
assisté par ordinateur, tutorat par des pairs,
aide pour les devoirs;
- activités de services : services communautaires
et appui lors d'événements publics ;
- activités de développement personnel
: orientées vers le développement des
habiletés sociales et familiales et la planification
des études collégiales et de l'emploi.
Une
évaluation comparative des participants au QOP
et d'autres jeunes qui n'y ont pas participé
a permis de constater que :
- le nombre d'arrestations chez les participants au
programme représentait moins du tiers du nombre
enregistré chez les non-participants ;
- 42 % des participants (comparativement à 16
% des non-participants) ont fait des études de
niveau post-secondaire.
Le
coût d'un tel programme est estimé à
10 000 $ par participant 4 ans. Parmi les partenaires
du financement, signalons la Fondation Ford a versé
une subvention totale de 1,18 millions de dollars pour
une période de quatre ans.
Les
sanctions alternatives à la prison
De
la formation forcée à la liberté
surveillée |
En
Espagne, Grande Bretagne, formation forcée et
liberté surveillée font leur chemin.
La
détention-formation en Grande-Bretagne
Cette mesure concerne les mineurs récidivistes,
les plus jeunes pouvant avoir 10 ans. Elle permet de
condamner certains mineurs à effectuer leur peine
pour moitié en détention. Pendant cette
période, ils suivent une formation.
En cas de bonne conduite, ils sont relâchés
mais placés sous la surveillance d'un officier
de probation ou d'un travailleur social, jusqu'à
l'expiration de la peine.
Espagne
: la liberté surveillée simple
Le mineur reste dans son milieu habituel mais est surveillé
par un professionnel qui doit s'assurer qu'il suit bien
ses cours ou qu'il est bien présent sur son lieu
de travail, et ce afin d'éviter la récidive.
Espagne
: la liberté surveillée avec contrôle
intensif
Le mineur doit obligatoirement respecter un programme
de travail socio-éducatif spécialement
adapté à son cas, sous la surveillance
étroite d'un professionnel chargé de le
suivre. Cette mesure peut être assortie de certaines
obligations comme résider en un lieu déterminé
ou d'interdictions (se rendre dans certains endroits,
s'absenter de son lieu de résidence sans autorisation).
Une
liberté conditionnelle sous surveillance électronique
en Grande-Bretagne
En Angleterre, le ministre de l'Intérieur a la
possibilité de placer en détention à
domicile les détenus âgés de 18
ans et plus condamnés à de courtes peines
de prison. Cette détention alternative s'assortit
du port obligatoire d'un bracelet électronique
et d'un couvre-feu d'au moins 9 heures par jour.
Les
autres expériences de surveillance électronique
en Europe
L'Angleterre, les Pays-Bas, la Suède,
la Belgique ont également expérimenté
la surveillance électronique, comme modalité
d'exécution d'une courte peine d'emprisonnement
(en Suède) ou comme le complément d'une
autre peine (travail d'intérêt général
ou séjour dans une institution ouverte aux Pays-Bas).
Tous les programmes de surveillance électronique
reposent sur le volontariat. La durée du placement
est généralement assez courte, entre deux
et trois mois. L'infraction commise ne doit pas être
trop grave ni comporter d'acte violent. Quant au délinquant,
il doit disposer d'un domicile fixe et justoifier d'un
réel emploi du temps (emploi, formation, études).
Le condamné porte un bracelet à la cheville.
S'il s'éloigne de plus de 50 mètres de
l'émetteur installé à son domicile
ou s'il enlève le bracelet, l'alerte est donnée.
Les
réparations
L'expérience
de la Grande Bretagne
La Grande Bretagne a également adopté
un système de nouvelles sanctions
- Dommages et intérêts en Grande Bretagne
: les ordonnances de réparation
Tout acte "anti-social" fera l'objet de réparations
auprès de la victime ou de la communauté
tout entière. Il peut s'agir d'une lettre d'excuses,
d'excuses présentées en personne, du nettoyage
du graffitis... Dans tous les cas, la peine doit être
proportionnelle au délit mais ne peut dépasser
24h. L'exécution de la peine est contrôlée
par un officier de probation ou par un travailleur social.
- Peines d'intérêt général
La peine dure trois mois et comporte des obligations
(participer à certaines activités, être
présent à certaines heures dans certains
lieux…) et des interdictions (ne pas fréquenter
certains endroits). Pendant la durée de la peine,
le mineur est surveillé par un officier de probation
ou par un travailleur social.
Les
amendes proportionnées
En Catalogne (Espagne), la tendance est à éviter
la prison aux plus de 16 ans et à préférer
des amendes proportionnées aux ressources ou
à la valeur des biens du délinquant.
La peur d'avoir à vendre sa moto, ça peut
marcher !
La
privation
En Espagne, lorsque le délit a été
commis en utilisant un véhicule à moteur,
un cyclomoteur (ou une arme), le retrait du permis
de conduire avec interdiction de le repasser durant
une certaine période (ou l'interdiction d'utiliser
des armes ou d'obtenir le permis de chasser) peut être
décidé comme peine accessoire.