|
|
La
grande parade
Essai sur la
survie de l'utopie socialiste
Jean-François Revel
Plon, 2000
|
Le dernier
livre de Jean François Revel nous apporte une bouffée
d’air frais. A savourer par tous ceux qui en ont assez de
ce «médiatiquement correct» qui vise à
nous interdire toute comparaison entre les deux totalitarismes
majeurs du 20ème siècle, le communisme et le
nazisme. Dénoncer à tout instant les ravages
du libéralisme et organiser la mobilisation permanente
contre les résurgences du nazisme, c’est, selon Jean-François
Revel, le moyen utilisé par la gauche internationale
pour empêcher que soit traitée ou même
posée la question de sa participation ou de son adhésion
passive, selon les cas, au totalitarisme communiste.
A.M.
"Voilà dix ans s'effondrait le régime soviétique,
non pas, comme ç'avait été le cas pour
le nazisme, sous les coups guerriers de l'adversaire, mais
sous l'effet de sa propre putréfaction interne. Beaucoup
pensèrent tout naturellement que le plus spectaculaire
échec d'un système politique dans l'histoire
humaine allait susciter au sein de la gauche internationale
une réflexion critique sur la validité du socialisme.
Ce fut tout le contraire. Après un instant d'étourdissement,
la gauche, même et surtout non communiste, affréta
une impressionnante flotille de justifications rétrospectives.
Il en ressort cette conclusion comique : ce que réfute
véritablement l'histoire du vingtième siècle,
ce serait paraît-il, non le totalitarisme communiste,
mais... le libéralisme ! Par voie de conséquence,
toute comparaison entre les deux totalitarismes majeurs, le
communisme et le nazisme, reste tabou : interdit de constater
l'identité de leurs méthodes, de leurs crimes
et de leur idée fixe antilibérale. Ainsi la
décennie 1990-2000 fut celle des efforts surhumains
de la gauche pour s'épargner d'avoir à tirer
les leçons humaines du naufrage de ses propres illusions.
Que fut au juste cette "grande parade" ? Ne serait-elle qu'un
exemple supplémentaire du divorce éternel entre
le narcissisme idéologique et la vérité
historique ? Tel est l'étrange fourvoiement que raconte
ce livre et le "mensonge déconcertanté qu'il
essaie d'expliquer..."
J-F.Revel
Extraits
"Marteler
à tout instant des imprécations contre les «
rava- ges du libéralisme », c'est une façon
subreptice d'insinuer : «Voyez, le communisme, ce n'était
pas si mal que ça, mis à part quelques "déviations"
contre nature.» Cependant, l'anti-libéralisme
a d'autres fonctions que la justification d'un passé
injustifiable, des fonctions plus concrètes : conjurer
deux peurs présentes en chacun de nous, la peur de
la concurrence, et la peur des responsabilités. Ces
sentiments ne sont pas seulement des appréhensions.
Ce sont des craintes pour ainsi dire conquérantes.
Elles ont en effet un volet positif : la protection contre
les rivaux, assortie du concours d'aides officielles, garantissant
des « avantages acquis » indépendants de
toute rentabilité. Ce n'est pas le moindre de ces avantages
bien ou mal acquis que d'appartenir à une économie
qui se veut plus de la redistribution que de la production,
et dont, par conséquent, la pression sur l'individu
et ses capacités est réduite. D'où le
confort de l'irresponsabifité qu'apporte l'appartenance
à toute grande machine étatique ou para-étatique."
(extrait du ch.12, p.255).
"L'opération
qui absorbe le plus l'énergie de la gauche internationale,
en cette fin du vingtième siècle, et pour probablement
plusieurs années encore au début du siècle
suivant, a ainsi pour but d'empêcher que soit traitée
ou même posée la question de sa participation
active ou de son adhésion passive, selon les cas, au
totalitarisme communiste. Tout en feignant de répudier
le socialisme totalitaire, ce qu'elle ne fait qu'à
contrecoeur et du bout des lèvres, la gauche refuse
d'examiner, sur le fond, la validité du socialisme
en tant que tel, de tout socialisme, de peur d'avoir à
découvrir ou, plutôt, à reconnaître
explicitement que son essence même est totalitaire.
Les partis socialistes, dans les régimes de liberté,
sont démocratiques dans la proportion même où
ils sont moins socialistes.
Les moyens déployés pour
barrer la route et imposer silence à toute tentative
d'évaluer les erreurs passées de la gauche,
en vue de couper court aux prolongements subreptices et hypocrites
de ces erreurs sous de nouveaux déguisements, sont
nombreux et variés. Encore n'ai-je mentionné
dans ce livre que les principaux.
L'un de ces moyens est d'occuper en
quasi-totalité le théâtre public avec
l'évocation et la réprobation presque permanente
du fascisme et du nazisme. Nous avons d'ailleurs vu que l'assimilation
par la gauche du fascisme italien au nazisme a eu surtout
pour fonction de cacher l'essentiel parenté de ce dernier
avec le communisme. Mais quand bien même cette assimilation
serait justifiée, la réprobation concerne deux
formes de totalitarisme vaincues, éliminées,
jugées et condamnées depuis plus d'un demi-siècle.
Le bruit assourdissant et quotidien de l'orchestration du
"devoir de mémoire" à l'égard de ce passé
déjà lointain semble en partie destiné
à épauler le droit à l'amnésie
et à l'autoamnistie des partisans du premier totalitarisme,
lequel a sévi plus tôt, plus longuement, beaucoup
plus tard et sévit encore par endroits sur de vastes
étendues géographiques et un peu partout dans
bien des esprits. Ces partisans couvrent ainsi la voix de
ceux qui voudraient l'évoquer ey ils expliquent au
besoin cette honteuse insistance à parler du communisme
par une sournoie complication rétrospective avec le
nazisme." (extrait du ch.14, p.329-330).
|