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L'art
de la liberté
Pascal Salin, Interview,
Zadig, été 2000
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Dans
son ouvrage Libéralisme
, l'économiste
de renommée internationale, orchestre une véritable symphonie
libérale. Il donne d'abord les gammes en expliquant combien le
libéralisme est un humanisme et en présentant avec une grande
clarté les piliers de cette philosophie (liberté, responsabilité,
propriété). Puis viennent les variations. Et alors l'auteur
nous emporte dans un festival d'idées. Elles sont variées
et colorées et l'on se plait à voyager en sa compagnie sur
les chemins d'une responsabilité restaurée. On découvre
à quel point ses propositions, telles que la libre immigration,
la privatisation en matière d'environnement ou le refus de réguler
la mondialisation, sont autant d'alternatives pertinentes qui doivent
prendre place dans les débats actuels. Pascal Salin tient un discours
original, vrai, peu connu en France. Et rompant avec les clichés,
il démontre combien les clés du raisonnement libéral
sont respectueuses de l'homme, de son travail, de sa spécificité
et de sa diversité. Une impression de grande tolérance se
dégage au fil des pages. L'auteur répond véritablement
à la définition de l'intellectuel au sens noble, c'est-à-dire
celui qui montre le chemin, en fondant sa démarche sur un raisonnement
éthiquement irréprochable. C'est en effet en philosophe
qu'il dessine cette " utopie réaliste " à laquelle
il aspire et dont il nous fait partager les espoirs.
Le lecteur ne devra surtout pas manquer ses nombreux exemples, dont la
pédagogie est tout droit sortie de sa chaire d'économie
à l'université Paris-Dauphine, comme la privatisation des
éléphants d'Afrique ou les réactions rationnelles
de Robinson sur son île
Il faut donc saluer le talent narratif
mais aussi le courage intellectuel qui font de ce livre un " classique
" que l'on pourra lire et relire. à l'heure où le libéralisme
fait l'objet de tous les débats, cet ouvrage permettra à
ses défenseurs comme à ses détracteurs d'en comprendre
les fondements réels pour ouvrir ainsi la porte à un vrai
débat. Libéralisme est sans aucun doute capital pour la
compréhension de notre temps.
Zadig
: Le mot libéralisme est aujourd'hui au cur de l'actualité.
Pourtant, la signification même de ce terme prête à
confusion. Quelle est selon vous la définition la plus juste que
l'on puisse en donner ?
Pascal Salin : Il est vrai que le libéralisme nourrit les débats
actuels. On peut s'en féliciter car il a été assez
longtemps presque oublié, sans doute à cause de la prédominance
du collectivisme d'origine marxiste. Or, il n'y a peut-être pas
de débat plus important que celui qui oppose les libéraux
aux collectivistes (ou, plus généralement, aux constructivistes,
c'est à dire à ceux - de gauche ou de droite - qui veulent
" construire " une société idéale). Malheureu-sement,
le libéralisme est souvent évoqué comme une sorte
de repoussoir permettant de légitimer la pensée unique.
La suprême habileté consiste alors à prétendre
que " l'ultra-libéralisme " a conquis le monde, ce qui
permet de lui imputer toutes les catastrophes économiques et sociales.
Mais l'instauration d'une société libérale ne se
résume pas à la pratique de quelques privatisations, à
la libéralisation des échanges ou au développement
des marchés financiers. Et c'est pourquoi il est essentiel de revenir,
en effet, aux principes et de partir de concepts rigoureux.
Le libéralisme est simple à définir. C'est le système
de pensée consistant à faire de la liberté individuelle
l'élément de référence incontournable et le
critère d'évaluation de toute société humaine.
Or, la liberté se définit elle-même par son contraire,
c'est à dire par l'absence de contrainte illégitime. Le
libéralisme implique donc nécessairement la définition
de droits et c'est pourquoi la propriété et la responsabilité
sont inséparables de la liberté.
Z.
: A vous lire, on découvre que le libéralisme est bien plus
qu'un modèle économique ou une discipline philosophique
formelle. Cela devient même un art de vivre, une éthique
des rapports humains, un " humanisme ". Mais alors pourquoi
qualifie-t-on si souvent le libéralisme de " sauvage "
? Comment expliquez-vous ce malentendu ?
P.S. : Parce que, ainsi que nous venons de le voir, le libéralisme
conduit nécessairement à la définition et à
la défense des droits individuels. Il constitue le seul moyen d'organiser
la coexistence de tous les êtres humains dans le respect absolu
de leurs droits. Il est donc bien, ainsi que vous le dites, à la
fois un art de vivre et, non pas seulement un humanisme, mais l'humanisme.
Il ne peut en effet exister deux ou plusieurs humanismes, car ce serait
supposer qu'il existe plusieurs natures humai-nes. Or, seul le libéralisme
pense les relations humaines, sans chercher à modifier la nature
humaine ou à en donner une vision erronée, mais en permettant
l'épanouissement de chacun dans l'exercice de ses droits. C'est
le caractère universel du libéralisme qui est au fondement
sa dimension éthique. Le libéralisme est la seule vision
consistant d'une part à reconnaître une " nature humaine
" - par exemple le caractère rationnel de l'individu - et,
d'autre part, à respecter pleinement chaque être humain dans
toutes ses spécificités complètes.
L'expression courante " libéralisme sauvage " est donc
une contradiction dans les termes. Seul l'Etat est sauvage. Il l'est nécessairement
puisqu'il dispose du monopole de la contrainte légale et non légitime.
Pourquoi les hommes et les femmes de notre temps ont-ils alors le réflexe
de parler de " libéralisme sauvage " mais jamais d' "
étatisme sau-vage " ? L'erreur s'explique certainement soit
par l'ignorance, soit par l'intérêt (ou par les deux). Il
est évident que les détenteurs du pouvoir ont intérêt
à falsifier les concepts. Il est aussi à leur avantage de
maintenir les autres dans l'ignorance. Ils y sont arrivés, en France
en particulier, en monopolisant l'éducation à tous les niveaux,
sous prétexte d'instaurer un égal accès à
la culture d'état. Ainsi, seuls quelques " privilégiés
" ont accès à la culture libérale.
Z.
: Vous donnez dans votre livre un grand nombre d'applications possibles
du libé-ralisme. Pensez-vous que les " clés "
du raisonnement libéral s'appliquent à tout sujet et à
toute situation, sans exception ?
P.S. : J'ai choisi d'exposer dans Libé-ralisme un certain nombre
de problèmes - en particulier ceux qu'on appelle parfois des "
problèmes de société " - pour montrer qu'il
existait toujours une solution respectueuse de la liberté individuelle
(qu'il s'agisse de l'immigration, de l'environnement et de l'écologie,
de l'aménagement de l'espace, de la circulation automobile, mais
aussi, bien sûr, de la monnaie ou de la stabilité économique).
Effectivement les " clés " du raisonnement libéral
peuvent et doivent s'appliquer à tout sujet et à toute situation,
absolument sans exception. C'est-à-dire, à l'inverse, que
le phénomène étatique n'a aucune justification. On
a du mal à admettre cette conclusion, tellement contraire aux réflexes
que notre éducation a patiemment construits. Mais si l'on veut
véritablement s'affirmer en hommes dont la pensée est libre,
c'est un devoir moral de toujours se demander : existe-t-il une solution
reposant intégralement sur la liberté individuelle et est-elle
préférable ? Cela me paraît clair : il en est toujours
ainsi.
Z.
: En lisant Libéralisme, on comprend que vous éprouvez un
vrai bonheur à être libéral. Le libéralisme
rendrait-il heureux ?
P.S. : Je crois effectivement que le libéralisme rend heureux.
Parce qu'il me semble être la seule vision qui permette véritablement
de comprendre le monde. Mais peut-être aussi parce que le libéral,
loin de se vouloir un démiurge, accepte les limitations de son
savoir. Il est donc plus attentif au savoir des autres et, en même
temps, il est habité par une véritable force d'espérance
: celle qu'il peut avoir dans les capacités créatrices de
tous les êtres humains, aussi modestes soient-ils.
Propos recueillis
par Mathieu Laine
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