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Alain
Madelin
Invité de l'émission "Questions directes à"
Présentée par Jean-Pierre Elkabbach
Sur Europe 1 Dimanche 29 avril 2001
Jean-Pierre Elkabbach : Alain
Madelin, bonjour et bon dimanche.
Alain Madelin : Bonjour, Jean-Pierre Elkabbach.
JPE : une majorité de
téléspectateurs se précipitent pour regarder
en ce moment sur M6 "Loft Story". 11 célibataires
enfermés dans un loft sous l'oeil constamment ouvert de 26
caméras, régalant de tous les détails même
intimes de leur vie. Curiosité durable ou passagère,
on verra. Preuve de nouvelles libertés. Qu'est-ce que cela
signifie pour un dirigeant politique.
AM : Rien.
JPE : Il n'y a pas une signification
sur l'évolution de sa propre société ?
AM : Sûrement. Mais est-ce que cela concerne forcément
la politique ? Moi je ne participe pas vraiment d'instinct à
ce voyeurisme. Mais si ça intéresse des gens, bon,
eh bien, c'est comme cela.
JPE : Oui, mais est-ce que
les hommes politiques doivent se préoccuper de l'évolution
des moeurs de leurs concitoyens ?
AM : S'agissant de la liberté
de communication, je la défends. Vous avez le droit de faire
de toutes les émissions que vous voulez. Vive la liberté
! Simplement votre liberté de faire ne m'empêche pas,
quant à moi, la liberté de dire non. Et si je trouve
qu'il y a trop de violence à la télévision
pour les enfants, eh bien je fais une association avec d'autres
parents pour dire : "la violence ça suffit". Vous
voyez dans ce que je dis : une société c'est certes
le pouvoir d'agir, le pouvoir de choisir, mais c'est aussi des contre-pouvoirs.
Et si dans quelques temps il y a une lassitude par rapport à
ce voyeurisme des émissions du style "Loft", eh
bien il y aura des contre-pouvoirs qui se feront sentir et on déprogrammera
ce genre d'émissions.
JPE : Qu'est-ce qui vous a
le plus enthousiasmé, Alain Madelin, cette semaine ?
AM : Peut-être quand
même cet Américain touriste de l'espace. C'est quand
même une formidable aventure.
JPE : Ah, si on avait les 140.000
millions de dollars pour aller faire un tour avec lui ou comme lui...
AM : Non mais c'est extraordinaire de penser tout de même
que... cette extraordinaire capacité de maîtriser des
choses que l'on croyait non maîtrisable il y a quelques dizaines
d'années.
JPE : Et qu'est-ce qui vous
a le plus choqué ?
AM : Choqué ? Le boycott stupide de Danone. Peut-être
que l'on en reparlera.
JPE : Absolument.
AM : Mais d'un côté
on boycotte Danone. A mon avis, c'est un boycott stupide, inutile,
contre-productif. Et de l'autre côté on est bien obligé
de subir les grèves de la SNCF. Là je ne peux pas
boycotter le train. Parce que si je peux changer de yaourt, je ne
peux changer de train parce qu'il y a le monopole.
JPE : C'est toutes les contradictions.
AM : Il y a deux poids,
deux mesures entre ceux qui sont un peu les politiquement forts
et qui exploitent les usagers captifs.
JPE : Et les politiquement
forts ne sont pas forcément ceux qu'on croit.
AM : Pas forcément ceux que l'on croit. En tout cas
la SNCF c'est vraiment un scandale quand on pense au statut tout
à fait privilégié. Une grande entreprise, fut-elle
publique, a certes des droits, mais elle a aussi des devoirs.
JPE : Alain Madelin, dans un
an les Français auront pour 5 ans un nouveau Président
de la République. Est-ce que ce serait bien que ce soit le
même ?
AM : Eh bien écoutez, on change. On change d'époque.
On change de programmes de télévision. On change de
montres. On change de vêtements. Il est normal qu'à
chaque échéance présidentielle, on se pose
la question : "faut-il changer de Président ?"
En tout cas j'entends pour ma part contribuer à ce changement.
JPE : Et est-ce que vous croyez
à la probabilité que ce sera le même, Jacques
Chirac ?
AM : Ecoutez, si je suis candidat, c'est parce que je crois
à la probabilité qu'il y ait un autre Président
que Jacques Chirac.
JPE : Et pourquoi on pense
plus souvent que vous êtes moins le candidat DL à l'Elysée
que le candidat de l'Elysée ?
AM : Oh, ça,
sûrement pas. Je ne suis pas le candidat d'un parti. Je suis
en réalité le candidat d'un projet. Et dans le projet
moderne que je porte depuis longtemps, je crois qu'il y a des centristes,
des gaullistes, des libéraux qui peuvent se retrouver. Et
je suis persuadé que les jeux sont loin d'être faits
aux prochaines élections présidentielles et qu'entre
Jacques Chirac et Lionel Jospin, il existe un formidable espace
de modernité.
JPE : Mais est-ce que vous
sentez monter, comme ça, dans le pays, un appel, un désir,
une demande d'Alain Madelin ?
AM : Je ne le dirais pas comme cela parce que cela ferait
prétentieux. Mais je crois que l'offre qui peut être
la mienne correspond et à un besoin du pays et à une
attente des Français.
JPE : On va voir ce que c'est.
Mais en quoi Jacques Chirac que vous aviez soutenu tellement en
1995, a démérité ? Pourquoi vous ne recommenceriez
pas cette fois-ci ?
AM : Mais non. Parce que j'ai déjà donné.
Parce que j'ai envie de changement fort. Parce que je pense aujourd'hui
être davantage capable de porter les réformes dont
le pays a besoin. Ces réformes, voyez-vous, ce sont celles
qui ont été entreprises un peu partout autour de nous.
En Angleterre, avec Margareth Thatcher, mais continuées par
Tony Blair. En Belgique, avec Guye Verhofstadt et une coalition
arc-en-ciel. En Allemagne avec la nouvelle CDU, mais aussi pour
une part avec Gerhardt Schröder.
JPE : En Espagne.
AM : En Espagne, Aznar, oui. En Italie, peut-être
demain vers Berlusconi et peut-être même pour une part
avec les socialistes italiens. Donc ce sont des réformes
fortes dont on essaie de faire croire que les Français n'en
veulent pas. Eh bien je vais leur proposer ces réformes fortes.
Et je suis persuadé que cette offre, si elle est proposée
aux Français, elle peut être choisie comme elle l'a
été en Angleterre, en Belgique, en Italie, en Espagne
ou en Allemagne.
JPE : Donc vous voulez qu'elles
n'ont pas été faites. Est-ce que ça veut dire
que c'est là-dessus que reposent vos doutes à l'égard
de votre ancien allié dont vous avez été le
supporter ?
AM : Non, ne cherchez pas à m'opposer...
JPE : Je cherche à comprendre.
AM : Alors si vous cherchez à comprendre, voici ma
réponse. Je suis persuadé qu'il y a aujourd'hui, en
matière de fiscalité, besoin d'une réforme
forte pour avoir une fiscalité adaptée au nouveau
monde, à la nouvelle croissance, à la nouvelle économie.
Je suis persuadé qu'en matière d'éducation,
il y a besoin de libérer vraiment, complètement ce
système éducatif vermoulu et de le décentraliser
profondément. Je suis persuadé qu'en matière
de structures et d'institutions nous avons besoin, comme d'autres
pays autour de nous, d'une véritable décentralisation.
C'est la raison d'ailleurs pour laquelle je soutiens ce premier
pas timide qui est celui du statut pour la Corse en disant qu'il
faut étendre ce statut, et même aller plus loin, à
l'ensemble des régions. Je pourrais prendre d'autres exemples.
Mais ce sont là des réformes que je suis seul à
porter.
JPE : Mais il n'y a pas de
différence entre vous et l'UDF centriste libéral européen
qui est Français Bayrou.
AM : Ecoutez, vous pouvez
reprendre chacun de ces thèmes et vous verrez s'il y a des
différences. Moi je dis : "il y a des différences.
Observez la différence. Ecoutez la différence. Et
vous verrez bien". Je crois que ces réformes, encore
une fois, cette politique qui partout autour de nous est offerte
en Europe, je serais sans doute le seul à la porter aux élections
présidentielles.
JPE : Il dit la même
chose. Il a encore dit à peu près la même chose.
AM : Non, pas cette politique-là. Je viens de parler
de décentralisation. Qui parle avec autant d'audace de décentralisation
que moi ? Et prenons l'exemple de l'Education nationale. L'Education
nationale autour de nous, partout on la décentralise pour
mieux la réformer et pour mieux la faire coller aux réalités.
Je crois que je serais le seul à dire ça. C'est pourtant
du bon sens. Mais si je suis seul à dire ça, il n'empêche,
Jean-Pierre Elkabbach, que je suis persuadé qu'il y a aujourd'hui
une majorité de Français pour épouser ces choix
réformateurs.
JPE : On voit bien pour le
centre, il n'y a pas l'ombre d'un doute, il n'y en a d'ailleurs
plus de depuis longtemps, que François Bayrou se présentera
en 2002. Vous l'avez entendu hier. Il a, a-t-il dit, l'ambition,
l'équipe, le programme. Réconcilier, rassembler, la
France humaine. Il croit aux majorités d'idées. Est-ce
que deux candidats pour le centre, deux sauveurs de plus pour la
France, ça ne fait pas un de trop ?
AM : Eh bien, ça, deux
candidats pour le centre. Cela pose effectivement un problème,
mais c'est le problème de M. Bayrou et de M. Chirac.
JPE : Et vous, vous êtes
où, alors ?
AM : Ah, moi je ne suis pas
au centre. Je suis résolument à la modernité,
résolument. Et mon seul adversaire, en réalité,
dans cette campagne électorale, c'est et ce sera Lionel Jospin.
Je veux opposer une alternative moderne à la politique socialiste.
JPE : Et vous pensez que lui
est la modernité à sa manière, ou le ringardisme
?
AM : Ecoutez, j'observe les efforts qui sont faits par d'autres
pour se mettre à l'heure du monde et aux couleurs de la vie
aujourd'hui. C'est très bien. Vous ne réussirez pas
à m'opposer. Je suis candidat pour un projet et je suis candidat
avec vraiment l'objectif de rassembler au-delà. Et s'il y
a des gens qui se sentent au centre et s'il y a des gens qui se
sentent gaulliste et qui peuvent aujourd'hui se retrouver dans ce
que je peux proposer, ne comptez pas sur moi pour attaquer tel ou
tel de mes concurrents à l'élection présidentielle.
JPE : vous m'avez dit que vous
pensiez à Lionel Jospin comme adversaire.
AM : C'est pour ça que je ai dit : "concurrents".
J'ai fait une bonne distinction.
JPE : Très bien. On
voit que vous allez vous présenter. Cela c'est sûr.
Est-ce que c'est, soyons sérieux maintenant, pour vous rallier
à Jacques Chirac ? Pour devenir finalement un ministre du
prochain gouvernement de Chirac ?
AM : Sûrement pas.
JPE : C'est-à-dire qu'au
deuxième tour, si vous n'êtes pas là, vos voix
vous ne les donnez pas à Jacques Chirac ? Vous pourriez éventuellement
les donner à quelqu'un d'autre ou laisser libres les Français
de voter comme ils veulent ?
AM : Ecoutez, d'abord, premièrement, je suis candidat
non pas pour figurer, non pas pour témoigner. Je vous l'ai
dit tout à l'heure. C'est une décision qui n'est pas
facile à prendre. On la prend, on mesure la responsabilité
qui est la sienne. Je suis convaincu qu'il y a une possibilité
de rassembler une majorité de Français au premier
tour et donc au deuxième tour, Jean-Pierre Elkabbach, autour
des propositions qui sont les miennes. Si ceci n'arrivait pas au
premier tour, si tel ou tel autre candidat était en tête,
eh bien nous regarderons dans le cadre d'un pacte réciproque.
Vous savez, vous n'êtes pas propriétaire de vos voix.
Et ce qui compte c'est que celles et ceux qui vous font confiance
au premier tour, puissent éventuellement prolonger leur confiance
pour un autre au deuxième tour. Je ferais tout pour qu'ils
puissent prolonger cette confiance au deuxième tour avec
leur candidat du premier tour.
JPE : Sous le gouvernement
Jospin, Alain Madelin, le chômage est descendu à 8,7%
avec 85.000 chômeurs de moins en mars. La croissance en 2000
c'était 3,3. On annonce qu'en 2001 elle serait plus forte
qu'en Allemagne et qu'au Royaume Uni, peut-être à 2,7-8.
Est-ce que vous dites que Lionel Jospin réussit, votre concurrent
?
AM : Non, je dis, l'économie
réussit. Les entreprises et les entrepreneurs réussissent.
On ne peut pas dire que les entreprises ne créent pas d'emplois
aujourd'hui. Je veux dire, la réalité c'est qu'une
économie de liberté, mondialisée est une économie
de plein emploi. J'ai toujours cru à cela. Vous m'avez entendu,
ici même, si ma mémoire est bonne, à Europe1,
Il y avait un de vos confrères qui disait : "M. Madelin
vous ne pouvez pas dire sérieusement cela". Il y a quelques
années lorsque je parlais de la possibilité du retour
au plein emploi. Les socialistes sont arrivés, il faut quand
même le rappeler, en 1997 au pouvoir, un peu là par
hasard, un peu par défaut, mais ils sont arrivés avec
l'idée qu'il n'y avait pas assez d'emplois pour tout le monde
et qu'il fallait partager...
JPE : Vous voyez, Lionel Jospin
devient madeliniste. C'est bien.
AM : ... et qu'il fallait partager la pénurie d'emplois,
d'où ce projet des 35 heures.
JPE : Vous êtes d'accord
avec ce que dit par exemple,...
AM : Attendez, je dis : ce sont les entreprises et les entrepreneurs
qui créent les emplois. Et nous n'avons pas encore assez
mesuré toutes les modifications que va représenter
demain la possibilité de retour à une société
de plein emploi. Cela change tout. Cela change notamment toute la
donne sociale en matière de licenciements. A l'heure actuelle,
on met sur le dos de quelques entreprises des restructurations qui
sont parfois pénibles, douloureuses, parfois mal conduites,
mais qui sont nécessaires. Mais c'est un peu l'arbre qui
cache la forêt parce que, de l'autre côté, vous
avez quand même cette perspective plus exaltante qui est le
retour au plein emploi.
JPE : Lionel Jospin a refusé
la proposition insistante de ses alliés, cette semaine, d'interdire
les licenciements. Il veut protéger lui aussi les entreprises.
Est-ce que vous croyez que sa gauche à lui s'est converti
à une certaine forme de modernité dont vous voulez
être le héraut ?
AM : Non, bien sûr que non. M. Jospin est manifestement
écartelé. Mais ce que je lui reproche c'est de céder
à la démagogie, à la facilité. Alors
certes, interdire ce serait tellement stupide, il dit non. Mais,
dans le même temps, prétextant de l'affaire Danone,
on fait un projet de loi absurde qui serait rigoureusement sans
aucun effet sur les licenciements ou plus exactement les reclassements
de l'entreprise Danone, mais qui va frapper des centaines de milliers
de petites entreprises, en renchérissant le coût du
travail. Moi, je crois à la responsabilité sociale
d'une entreprise. J'ai dit cela tout au début de l'affaire
Danone. Certains d'ailleurs à droite, me l'ont reproché.
Ils ont tort. Une grande entreprise, une grande marque a une responsabilité,
bien évidemment. Et si elle a les moyens de faire une restructuration
sans casse, en réindustrialisant les sites qui sont frappés
et en proposant des offres de reclassement à celles et ceux
qui son frappés par les menaces de licenciements, eh bien
elle doit le faire. Donc je crois à la responsabilité
sociale des entreprises. Mais dans le même temps, dans une
société de plein emploi que nous allons retrouver,
la question qui se pose, c'est de savoir les coûts de restructuration,
parce qu'il y aura toujours des coûts de restructurations...
Tenez, je vais vous donner un exemple.
JPE : Est-ce qu'ils doivent
être pris en compte par l'Etat ou par les entreprises, elles-mêmes,
dans cette politique sociale ?
AM : Ni l'un, ni l'autre.
JPE : C'est qui ?
AM : Je vais prendre un exemple. Bientôt on va passer
à l'euro. Les petits bureaux de change, c'est un métier
qui va disparaître. La restructuration est indispensable.
Qui doit payer ? L'entreprise, elle-même ? Quand on est Danone,
oui, on peut le faire. Mais quand vous êtes une toute petite
entreprise et que vous n'avez pas les moyens, vous ne pouvez le
faire. L'Etat non plus. Entre les deux, on a inventé quelque
chose qui s'appelle l'assurance-chômage. Donc je dis qu'aujourd'hui
ce sont des mécanismes nouveaux d'assurance-chômage
qui permettent de mutualiser le coût des restructurations,
j'allais dire presque sans douleur, pour l'ensemble des entreprises
qu'il faut réinventer.
JPE : On va prendre deux exemples
pour être concret et pas faire de la théorie. Mais
au passage, je note que, pour vous, les Verts, Robert Hue, et peut-être
une partie des socialistes qui manifestent ou appellent à
la vigilance et à l'action, font plutôt de la démagogie
que de la pédagogie.
AM : Oui, bien sûr.
JPE : Et vous êtes d'accord
avec ce que je lisais dans le Journal du Dimanche d'aujourd'hui
de Jean-Marie Messier : "ce n'est pas la bourse qui commande
les plans sociaux, mais la concurrence". Et il a ajouté
: "Halte à la démagogie politique".
AM : Mais bien sûr, c'est le consommateur. Cela étant,
Jean-Pierre Elkabbach, moi je crois qu'il est bon que, dans une
société, il puisse exister des contre-pouvoirs. Je
trouve le boycott de Danone absurde. Mais j'aime bien que l'on puisse
avoir une mobilisation citoyenne le cas échéant pour
boycotter une entreprise. Si une entreprise fait travailler des
enfants à la chaîne, au Pakistan ou ailleurs, et si
ces produits sont vendus en France, on a le droit de la dénoncer.
JPE : Donc il faut boycotter
Total Fina, qui est installé en Birmanie et qui utilise aussi...
AM : C'est plus compliqué.
JPE : J'ai dit deux exemples.
AM : Si vous me permettez,
je vais terminer quand même sur ce point. Si vous ne voulez
pas qu'on en appelle éternellement à l'Etat, à
une sorte de super-pouvoir d'Etat sur les entreprises. Il faut accepter
qu'il puisse y avoir des contre-pouvoirs, y compris celui des salariés,
celui des actionnaires, mais y compris un contre-pouvoir d'opinion
publique, le contre-pouvoir citoyen.
JPE : Alors, deux exemples.
Moulinex-Brandt va fermer des usines. Quelle est votre solution
?
AM : Mais je n'ai pas de solution. Mais ce sont des restructurations,
Jean-Pierre Elkabbach, qui sont nécessaires. Ma solution,
s'il y en a une, c'est de faire en sorte que la restructuration
industrielle se fasse sur les sites et que dans les villes en question,
que les commerçants ne ferment pas le rideau.
JPE : D'accord.
AM : Et deuxièmement de faire en sorte, et ce sont
des entreprises qui ont les moyens, et aujourd'hui dans un contexte
de retour au plein emploi, on peut le faire, une restructuration
industrielle qui aboutisse à zéro licenciement sec.
Maxi reclassement, mini licenciement.
JPE : Même chose pour
AOM-Air Liberté qui va bientôt se séparer d'un
tiers de ses salariés, de ses 6.000 salariés, c'est-à-dire
1.500, 1.800 ?
AM : Je crois qu'il est extrêmement important pour
une entreprise, et surtout pour des grandes marques, comme celles
que vous venez de citer de monter que l'on respecte les hommes et
les femmes qui y travaillent ou qui y ont travaillé pour
vous, qu'on ne les considère pas comme des Kleenex ou des
citrons pressés.
JPE : Le juge Halphen s'est
dessaisi, cette semaine, de ce qu'il croit concerné Jacques
Chirac dans les affaires HLM de Paris. Il estime que c'est du ressort
de la Haute Cour de Justice. Votre avis ?
AM : Si M. Halphen pense, c'est un problème juridique
compliqué, qu'il y a des charges graves concordantes contre
Jacques Chirac, alors, vous le savez, en vertu du droit français,
il n'avait pas le droit de le convoquer comme témoin. Donc
il y a là un mystère de la procédure que je
n'explique pas.
JPE : Dans la campagne électorale,
puisque vous voulez être présent en 2002, est-ce que
vous poserez le problème de l'immunité du Président
de la République ?
AM : Oh, il sera posé
nécessairement, sans que j'ai besoin de le poser. Mais disons
qu'il faut trouver un juste milieu entre la Haute Cour qui est extrêmement
difficile, complexe à réunir et qui peut donner le
sentiment d'un règlement de compte politique et le fait que
le Président de la République apparaisse comme un
citoyen au-dessus des lois. D'autres pays ont trouvé une
solution intermédiaire. Je crois qu'il faudra qu'on réfléchisse
nous aussi à une solution.
JPE : Mais ce qui est en ce
moment en jeu, est-ce que c'est un opération politico-judiciaire
contre le président de la République ou une vraie
affaire avec de vrais reproches fondés sur le fonctionnement
ancien de la mairie de Paris ?
AM : Ecoutez, je dispose sur ce point des mêmes informations
que vous et j'ai le jugement que vous pouvez avoir vous même
en tant que journaliste ou en tant que citoyen. Il y a manifestement
une affaire à la mairie de Paris et il y a manifestement
une exploitation politique. Donc entre les deux il faudrait qu'il
y ait la justice mais la justice est bloquée parce qu'il
y a une problème de procédure que vous souligniez.
Et c'est vrai qu'il faudra se poser la question pour l'avenir.
JPE : Mais est-ce qu'en l'occurrence
vous vous sentez, malgré tout, parce qu'il y a une exploitation
politique, aux côtés de Jacques Chirac, à 100%
? Ou à 90 d'ailleurs ?
AM : Je me suis déjà exprimé très
clairement. J'ai estimé que quelque soit la personnalité
qui est en cause, il y a des procédures qui sont à
respecter et que la justice se grandit chaque fois qu'elle les respecte.
JPE : Est-ce que vous dites,
comme François Hollande, que finalement ce sont les Français
qui vont juger, rendez-vous en 2002 ?
AM : Non parce que ceci
est une manière de faire une sorte d'exploitation médiatique
des insinuations ou des éléments fournis à
l'opinion par le juge Halphen. Je souhaite très sincèrement,
Jean-Pierre Elkabbach, que l'échéance de 2002... Bien
sûr, on aura comme ça, en filigrane, quelques petites
affaires. Mais je souhaite qu'elle porte sur l'essentiel, sur le
grand enjeu de cette échéance. Ce sera quand même
le premier grand présidentiel du nouveau siècle. L'enjeu
pour moi c'est la modernisation de notre pays.
JPE : Le président de
la République a reçu vendredi les élus de la
Somme, les élus de droite, pas de gauche. Même minoritaires,
les élus et les électeurs picards de gauche se disent
: "tiens, il y a les bons, qui sont fréquentables et
qui sont reçus et les autres". D'abord qu'est-ce que
vous en pensez et qu'est-ce que vous pensez du comportement à
la fois de l'exécutif ou du double exécutif à
l'égard des malheureux Picards qui souffrent d'une manière
exceptionnelle depuis des semaines noyés dans les inondations
? Et vous avez connu d'une manière plus restreinte les inondations
à Redon à un moment.
AM : Oui, à Redon,
on a connu des inondations. Mais c'est vrai qu'elles étaient
d'une ampleur considérablement inférieure à
ce que l'on connaît dans la Somme et je sais la souffrance
que cela représente pour des populations qui ont le sentiment
d'être les victimes de la fatalité et parfois d'être
abandonnés des pouvoirs publics, même si par ailleurs
les secours fonctionnent bien. Je trouve bien que les tous les hommes
politiques quel qu'ils soient marquent leur considération
pour la souffrance de leurs compatriotes. C'est d'ailleurs ce qu'avait
fait Lionel Jospin en se rendant chez moi à Redon.
JPE : Au moment où nous
terminons, il y a toutes ces informations qui viennent de Kabylie.
Est-ce qu'on peut dire un mot sur ces violences ? La Kabylie et
Tizi Ouzou et quelques autres villes sont presque à feu et
à sang. Il y a une appréciation, une émotion,
une peur d'Alain Madelin pour ce pays ?
AM : Oui, moi, j'aime
l'Algérie. Enfin j'aimerais voir une Algérie démocratique,
prospère, respectueuse de toutes les cultures et respectueuse
de la Kabylie. Il y a encore du chemin et le régime qui est
en place à Alger, vous le savez, je l'ai déjà
dit, ne me paraît pas à la hauteur de l'espérance
des Algériens et tant qu'on n'aura pas vraiment fait le choix
de la démocratie et de la liberté, je crains que de
tels événements ensanglantes éternellement
l'Algérie.
JPE : Quand vous dites : "on
n'a pas fait encore le choix", vous voulez dire les Algériens
eux-mêmes, c'est leur affaire.
AM : Oui, Jean-Pierre
Elkabbach, sauf qu'il ne vous a pas échappé qu'il
y avait un pouvoir militaire et que la démocratie est un
exercice assez difficile en Algérie.
JPE : Comme dans beaucoup d'autres
pays, y compris du Proche-Orient.
AM : Bien sûr.
JPE : Merci.
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