"Seule
la responsabilité et la liberté pourront
sauver notre système de santé"
Extraits
de l'intervention d'Alain Madelin
7 ème Université de la Confédération des Syndicats Médicaux Français
(CSMF)
Ramatuelle- 22 septembre
Monsieur
le Président, Mesdames et Messieurs, Chers amis.
Merci
Monsieur le Président de votre invitation et de l'occasion
qu'elle me donne de m'exprimer devant vous. Même si une
actualité tragique sollicite ailleurs nos curs et
nos pensées.
Les
propos qui vont être les miens et que j'avais envie de vous
tenir depuis longtemps ne sont pas guidé croyez le bien
par la perspective des prochaines échéances. Ils
sont portés par de solides convictions.
Notre
système de santé est dans l'impasse et l'on ne peut
pas continuer comme cela, ce constat c'est le votre, ce constat
c'est aussi le mien depuis longtemps.
En
1995, on s'est trompé de direction. Beaucoup en conviennent
aujourd'hui. A l'époque j'ai refusé de voter la
réforme Juppé.
Parce que je pensais qu'elle ne pouvait conduire qu'à une
étatisation déresponsabilisante.
Parce que j'avais proposé une réforme alternative
et je peux même vous faire une confidence, dans les deux
dits accords qui ont conduit à mon départ du gouvernement
il y avait certes un désaccord sur la réforme fiscale
que j'estimais nécessaire de mener, il y avait aussi le
désaccord sur l'orientation choisie par le premier ministre
sur la réforme de notre système de santé.
Dans
le contrat qui liait la majorité parlementaires élus
en 1993 il y avait l'engagement de construire un nouveau système
de responsabilité contractuelle décentralisée.
C'est un autre choix qui a été fait. Celui d'une
étatisation rampante de notre système d'assurance
maladie. Un projet sorti des tiroirs de la CFDT selon la CFDT
elle-même.
En politique, comme l'a dit Winston Churchill, il faut savoir
ce que l'on veut, quand on le sait il faut avoir le courage de
le dire, quand on l'a dit, il faut avoir le courage de le faire.
J'aurais
donc préféré qu'on applique alors le programme
de la majorité plutôt que d'emprunter celui de la
CFDT.
Résultat
: On a demandé aux parlementaires de voter chaque année
une loi dite d'équilibre de la sécurité sociale.
Résultat : côté santé, 80 milliards
de déficits accumulés.
On
a rendu les médecins responsables de ces déficits,
collectivement, au risque d'en faire des boucs émissaires
aux yeux de l'opinion. Et on a voulu les faire payer dans un système
de sanctions collectives aussi injustes qu'inapplicables.
Ces
sanctions collectives ont toujours été pour moi
impensables et inacceptables.
Et
si vous demandez aux médecins de contribuer, au nom de
je ne sais trop quelle responsabilité collective, à
boucher les trous de la sécurité sociale, alors
pourquoi ne pas demander à ceux qui gouvernent, aux parlementaires,
aux fonctionnaires, de participer au comblement des déficits
du budget de l'Etat ou contribuer à éponger la facture
de tous les gaspillages de notre argent public.
Voilà
pourquoi je n'ai pas voté le plan Juppé. Vous y
avez vu à juste titre un rationnement bureaucratique, une
maîtrise comptable aveugle et une étatisation déresponsabilisante.
Vous aviez raison. Et ceci n'a fait que s'aggraver avec les gouvernements
qui ont suivi.
Certes,
on dira, notre système de soins, même s'il est en
Europe celui qui dépense le plus et rembourse le moins,
continue de dispenser une médecine de très grande
qualité. C'est vrai. Mais si les malades sont encore préservés
de tous les méfaits d'un système étatisé,
c'est parce que tous les médecins et les professionnels
de santé s'attachent à maintenir la qualité
de nos soins. Parce que la facture de l'étatisation de
l'assurance maladie, une étatisation qui dans d'autres
pays est supportée par les malades et conduit au rationnement
des soins, a été jusqu'à aujourd'hui assumée
par la baisse du revenu des médecins. A tel point que si
l'on se compare avec un des plus mauvais système européen,
le système étatisé britannique, le revenu
moyens des médecins anglais est de 35% supérieur
au revenu des médecins français.
On
ne peut pas continuer comme cela.
Dans un système d'ensemble sans aucune clarté et
logique, on utilise l'argent de la sécurité sociale
pour payer les 35 heures ou assurer le bouclage du budget de l'Etat.
L'Etat
a mis la main sur tous les leviers de gestion de l'assurance maladie.
Toutes
les décisions clés sont entre les mains de l'Etat.
C'est lui qui décide des postes hospitaliers à créer
ou à supprimer, qui a un droit de regard sur la nomination
de tous les praticiens hospitaliers. De même c'est lui qui
décide de la codification des actes, du nombre des infirmières,
du nombre de lits, des matériels lourds
Là
est le vice de construction.
Que
d'erreurs. C'est la combinaison de millions de choix médicaux
qui sont chacun des choix singuliers. Un acte médical est
une décision complexe, une relation avec la souffrance
d'un être humain, qui sollicite, certes, des contraintes
économiques, mais aussi et sans doute de plus en plus des
arbitrages éthiques qui font appel à la conscience
du médecin qui doit avoir comme premier souci de servir
d'abord les intérêts de celui qui vous confie sa
santé et sa vie, dans un lien de confiance total.
Aucun
système centralisé ne peut déterminer le
juste prix ou le bon tarif. Seule la pratique de la liberté,
de la responsabilité dans un processus d'essai et d'erreur
permet de découvrir et le vrai coût de chaque pathologie
et le type de relation contractuelle la plus efficace.
Voilà
pourquoi il va falloir reconstruire, refonder notre système
de santé. Vous savez tous mieux que moi qu'il existe des
gains d'efficacité dans une meilleure gestion, de meilleures
pratiques et qu'un maîtrise médicalisée est
beaucoup plus efficace qu'une maîtrise bureaucratique et
strictement comptable.
Il
ne s'agit pas de faire des économies sur la santé
des Français mais de bâtir une véritable économie
de la santé, de faire en sorte que chaque francs dépensé
par les Français pour leur santé soit gérée
au mieux.
Le
problème n'est pas de dépenser plus ni de dépenser
moins mais de dépenser ce qu'il faut, comme il faut.
Il
ne faut pas, comme l'a fait Martine Aubry renforcer le contrôle
de l'Etat sur l'assurance maladie mais développer l'autonomie
de notre système d'assurance par rapport à l'Etat.
Ceci
passe par la refondation sociale, la rénovation de notre
système paritaire, l'élection libre des représentant
des assurés dans les conseil d'administration des caisses,
toujours prévus sans cesse repoussés.
Ceci
doit nous conduire à une vraie régionalisation des
caisses régionales autonomes et responsables avec l'ouverture
de possibilités de délégations de gestion
à des assurances et des mutuelles dans le cadre d'une vraie
politique contractuelle avec tous les professionnels de santé,
médecins, hôpitaux, clinique. Ouvrir des espaces
de liberté contractuelle pour permettre de couvrir de nouvelle
pratiques, découvrir de nouvelles formes d'organisation,
inventer la médecine de demain.
C'est
une logique contractuelle de responsabilité organisée
de bas en haut. Une logique qui permet d'intéresser les
acteurs du système de santé aux économies
réalisées ensembles.
Notre
système de santé doit être un espace de liberté
et de responsabilité. On a tous à y gagner : les
malades, l'assurance maladie, les contribuables et bien sûr
les médecins et tous les professionnels de santé.
Mais
permettez moi de vous dire aussi que le combat pour une médecine
plus libre et plus responsable n'est pas seulement un combat professionnel
c'est avant tout un choix politique, un choix de société.