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Pour
un impôt négatif à la française
Alain
Madelin, Le Figaro, 13 janvier 2001
En France, votre
système d'aide sociale consiste à mettre les pauvres dans une bouteille
et à bien visser le bouchon pour qu'ils ne s'échappent pas ". Ce
jugement sévère est celui de Muhammad Yunus, le célèbre économiste
du Bangladesh, connu dans le monde pour son action contre la pauvreté.
Et celui que l'on a surnommé le " banquier des pauvres " de poursuivre
: " la pauvreté n'est pas créée par les pauvres mais par le système.
C'est à lui qu'il faut d'abord s'attaquer ".
Il est vrai
que notre système social et fiscal s'est, au fil des ans, compliqué
et alourdi. Il est aujourd'hui la source de nombreux effets pervers
: un coût du travail trop élevé qui dissuade la création d'emplois
à faible valeur ajoutée, notamment dans le secteur des services
; des exonérations de charges sur les bas salaires, qui, par leur
effet de seuil, tirent les salaires vers le bas ; l'effet de " trappe
à pauvreté " qui fait que la reprise d'un travail est découragée,
compte tenu de la disparition des aides sociales -même si le système
a été récemment atténué-, lorsque celle-ci n'entraîne qu'une faible
augmentation et même parfois une perte de revenu.
C'est ainsi
que l'on enferme des familles entières dans la dépendance et la
pauvreté au risque d'une destruction familiale dangereuse et de
la transmission d'une culture d'assistance de génération en génération.
De nombreux
rapports sont venus appuyer ce constat. Celui de l'OCDE qui a dénoncé
les " trappes à chômage ". Un rapport du Plan qui dressait un sévère
réquisitoire contre le caractère à la fois " illisible " et " imprévisible
" de notre protection sociale (plafond de ressources différents
d'une prestation à l'autre, prise en compte inégale de la situation
familiale, effets de seuils…). Le Conseil d'Analyse Economique qui,
à deux reprises, s'est prononcé en faveur d'un dispositif se rapprochant
de ce qu'il appelle un " système idéal de l'impôt négatif " qui
consiste à fixer un revenu familial de base. Au dessus, vous payez
des impôts ; en dessous, c'est l 'administration fiscale qui vous
verse une allocation compensatrice - l' "impôt négatif " - dans
des conditions incitatrices à la reprise d'un travail.
L' "impôt négatif
" est une idée libérale conçue et proposée depuis les années 60
par Milton Friedman aux Etats Unis. Elle a été mise en œuvre dans
de nombreux pays ces dernières années. Aux Etats Unis par l'administration
Reagan avec l'Earned Income Tax Credit, en Angleterre par John Major
puis Tony Blair avec le Working Families Tax Credit, et tout récemment
en Belgique, pays qui nous est proche par son système social et
fiscal par le gouvernement de Guy Verhofstadt .
En s'inspirant
de la même idée d' "impôt négatif " mais en l'adaptant à la réalité
française, cela fait longtemps que j'ai proposé la création d'une
revenu familial garanti.
Le dispositif
serait le suivant :
- Tout citoyen
a droit à un revenu minimum garanti en fonction de sa situation
et de la composition de son foyer familial.
- Jusqu'à un
certain seuil de revenu familial, une allocation compensatrice dégressive
est versée à ceux qui travaillent ou reprennent un travail. L'idée
d'un tel revenu familial garanti n'a de sens que si elle s'inscrit
dans une remise à plat de notre dispositif d'aide sociale et de
notre fiscalité.
Le revenu familial
garanti c'est d'abord un revenu minimum de base qui à vocation à
se substituer de façon plus simple et plus équitable à nos minimum
sociaux.
Pour qu'il puisse
jouer aussi le rôle de crédit d'impôt favorisant la reprise du travail,
il doit aller de pair avec une réforme de l'impôt sur le revenu
qui ferait de la CSG, payée par tous les Français (et déjà reconnue
comme un impôt par le Conseil Constitutionnel), la première tranche
proportionnelle d'un impôt sur le revenu réformé, allégé, simplifié
et retenu à la source.
Une telle réforme
devrait aussi être accompagnée d'une modification de notre système
de charges sociales. Pour transformer les exonérations de charges
sur les bas salaires en franchise de charge sur les 4000 premiers
francs du salaire. Pour mieux distinguer aussi ce qui relève de
la solidarité nationale et donc de l'impôt, d'avec ce qui relève
de l'assurance sociale, et donc de la cotisation.
Assurément l'idée
d'une telle réforme fait aujourd'hui son chemin dans les esprits,
mais elle est loin de s'inscrire dans l'action.
La " prime pour
l'emploi " annoncée par le premier ministre n'est pas une réforme,
mais un replâtrage imposé par l'urgence d'une solution de rechange
à la ristourne de la CSG prévue dans le projet de loi de financement
de la sécurité sociale et justement condamnée par le Conseil Constitutionnel
car ne tenant pas compte de la situation du revenu réel des familles.
Nul doute cependant
que la création d'un revenu familial garanti serait un grand progrès
social pour la France et l'occasion d'engager les vraies réformes
fiscales et sociales dont nous avons besoin. Plus que jamais c'est
là, à mes yeux, un débat clé de l'alternance de 2002.
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