Emplois Jeunes : le trompe l'oeil

Les annonces du gouvernement en trompe l’œil ne permettent ni d’améliorer le fonctionnement actuel d’un dispositif imparfait, ni d’assurer l’avenir professionnel des emplois-jeunes et la pérennisation des activités créées.

 

Les emplois-jeunes représentent un coût budgétaire considérable, passé de 8 milliards de francs en 1998 à plus de 22 milliards de francs en 2001.


Votée fin 1997, la loi sur les "nouveaux services, nouveaux emplois" visait à créer en trois ans 350.000 emplois dans le secteur public et associatif, pour des jeunes de 18 à 26 ans ou de moins de 30 ans n'ayant jamais perçu d'allocation chômage ou handicapés. Ces emplois-jeunes devaient durer 5 ans.

Mis en cause sur leur devenir, le gouvernement a finalement élaboré un plan de pérennisation le 6 juin 2001. La loi de 1997 n’avait en effet rien prévu qui puisse faciliter l’insertion professionnelle durable des emplois-jeunes.


40 milliards de francs supplémentaires, des emplois-jeunes « consolidés » et 10 000 emplois-jeunes supplémentaires

Le 6 juin 2001, la ministre de l'emploi et de la solidarité, Mme Élisabeth Guigou, a annoncé le plan de consolidation des emplois-jeunes. « Ce programme doit continuer sur sa lancée » a-t-elle affirmé, estimant qu'il avait rempli les deux objectifs qui lui avaient été assignés : la réduction du chômage des jeunes et la création d'activités nouvelles d'utilité sociale.

La ministre a également annoncé la création de 10.000 nouveaux postes d'emplois-jeunes en 2002 dans les collectivités territoriales et les associations.

Par ailleurs, le gouvernement affirme vouloir assurer une perspective professionnelle aux jeunes sortant du dispositif, et consolider les emplois créés.

Une rallonge de 40 milliards de francs supplémentaires pour la période 2002-2006 afin de consolider les emplois-jeunes.

Les mesures permettant de réaliser ces objectifs -prolongation des contrats, formation plus importante, préparation à des concours administratifs dits « de troisième voie », aide à certaines associations et collectivités territoriales- se traduiront par un coût de 105 milliards de francs sur les 5 prochaines années (2002-2006), alors que la reconduction du dispositif actuel coûterait 65 milliards de francs sur cette même période, soit des dépenses supplémentaires à hauteur de 40 milliards de francs. Enfin, si, selon le gouvernement, les intégrations d'emplois-jeunes « n'engendreront pas de créations d'emplois budgétaires supplémentaires », l'OFCE indique dans son étude précitée que « la titularisation de 75.000 emplois-jeunes de la fonction publique d'Etat correspondrait à 4,4 % d'augmentation des effectifs et coûterait 9 milliards de francs ».

Cette année, le coût du dispositif emplois-jeunes s'élève à 24 milliards de F. Compte-tenu de la pérennisation prévue, la facture doit s'alourdir en 2002 à 25 milliards de francs avant de revenir à 24 milliards de F en 2003, a assuré Elisabeth Guigou. Au total, les 40 milliards de F additionnels s'ajouteront aux 135 milliards de F qu’aura globalement coûté le plan entre 1997 et 2006.

Cette enveloppe sera ainsi répartie :

  • 28 milliards à l'Education nationale, l'Intérieur et la Justice,
  • 8 milliards à la consolidation dans les associations et les collectivités locales,
  • 4 milliards restants à la création de 10.000 emplois-jeunes supplémentaires en 2002, dans les collectivités locales et dans les associations.


Combien y a-t-il d'emplois-jeunes selon l'OFCE ?

Une étude conduite par l'OFCE pour le Sénat tente de comptabiliser le nombre d'emplois-jeunes effectivement en poste, ce qui n'est guère aisé.
« Fin avril 2001, 277.000 emplois-jeunes avaient été créés : 35 % des postes étaient des emplois de l'Etat, 30 % dans les associations et 35 % dans les collectivités locales et les entreprises publiques. Au total, 312.000 jeunes étaient passés par le dispositif, plusieurs personnes pouvant s'être succédées sur un même poste. L'objectif du gouvernement est d'atteindre 350.000 fin 2001. Au milieu de l'année 2000, les emplois effectivement occupés (« présents en fin de mois ») comptabilisés par le bulletin mensuel des statistiques du travail représentaient seulement 75 % des emplois créés. Si l'objectif de 350.000 embauches était atteint fin 2001, on peut donc penser que cela correspondrait à 240 à 250.000 postes occupés. Un chiffre de 215 à 220.000 paraît plus réaliste : fin avril 2001, les postes effectivement créés peuvent être estimés à 208.000 et les créations d'emplois ont fortement ralenti au début de l'année (augmentation de 2,6 % sur les trois derniers mois). Compte tenu des statistiques disponibles, il est impossible de connaître la répartition des postes effectivement occupés. On a supposé que la répartition était la même que celle des emplois créés. Fin 2001, on peut donc faire l'hypothèse qu'il y aura environ 75.000 postes occupés dans la fonction publique d'Etat et 140.000 dans les associations, collectivités locales et entreprises publiques ».

 

Renforcement des actions de formation et de professionnalisation

Le gouvernement va "assurer l'avenir professionnel des jeunes et consolider les services et emplois créés". Tous les jeunes du programme et ceux qui y entrent "se verront proposer un débouché professionnel durable" :

- l'accès au concours de la Fonction publique territoriale et nationale sera favorisé par la création d'un concours de "troisième voie" qui sera ouvert dès 2002 ;
- les jeunes souhaitant rechercher un travail dans le privé bénéficieront d'un "mécanisme d'accompagnement personnalisé" et une "attestation d'activité" permettra de reconnaître et de valider leur expérience professionnelle.


La "pérennisation" des aides aux associations et aux collectivités locales

Des aides continueront d'être versées par l'Etat aux employeurs (associations, collectivités locales, ministères...), mais selon des modalités différentes.

  • Pour les associations (92.000 jeunes employés), 3 situations se présentent :
    · l'Etat cessera de verser des subventions aux activités qui ont trouvé un marché solvable ;
    · les emplois qui pourraient être rentabilisés dans un avenir proche (près d'un tiers des associations) bénéficieront d'une aide supplémentaire de 100.000 francs sur 3 ans, au lieu de 100.000 francs par an et par emploi actuellement. Cette subvention sera attribuée de façon dégressive ;
    · les emplois non solvables recevront une aide moyenne de 70.000 F/an sur la base d'une convention triennale.
  • Pour les collectivités locales à faibles ressources, L'Etat continuera de les soutenir en leur versant une ''aide à l'activité'' de 50.000 F/an et par emploi pendant 3 ans.

C’est en fait une diminution programmée à mots couverts des aides accordées aux plus intéressants des emplois-jeunes, ceux qui ont été créés par les associations et les collectivités locales.


La pérennisation des emplois-jeunes, "une fonction publique au rabais"

Les 64.000 jeunes employés dans les collectivités locales verront leur emploi maintenu dans leur grande majorité ;

- pour l’Education nationale, les contrats des 70.000 aides-éducateurs

- pour la police nationale et le ministère de la justice, les 25.000 adjoints de sécurité seront maintenus dans leur forme actuelle.



Les chiffres clés (au 30 avril 2001)

312 000 jeunes embauchés

197 600 dans les associations, les collectivités locales et les établissements publics
89 550 à l'Education Nationale
23 650 dans la Police Nationale
1 200 agents de police

272 000 emplois créés
180 000 dans les associations, les collectivités locales et les établissements publics
70 000 à l'Education Nationale
20 000 dans la Police Nationale

Dans les associations, les collectivités locales et les établissements publics :

Des jeunes aux profils variés
60% ont au plus un niveau bac (26% ont au plus un CAP, 34% ont un niveau bac)
20% ont un niveau bac +2
20% ont un niveau supérieur à bac +2

Avant d'entrer dans le programme, 75% des jeunes étaient chômeurs et 8% percevaient le RMI.

Les femmes occupent une place de plus en plus importante dans les embauches (+4,3% depuis le début du programme) et représentent aujourd'hui une embauche sur deux.

Tous les secteurs d'activité sont concernés
18% famille, santé, solidarité
13,5% environnement
12% sport
11% culture
9,2% éducation
7,7% logement et vie des quartiers
25% des jeunes ont quitté le programme pour près des 3/4 à leur initiative et pour un autre emploi ou une formation. 11,7% des ruptures de contrats sont dues à l'employeur.